Par Laurence

Article ayant servi à la rédaction du livre

"L'art du désencombrement. Se libérer de l'inutile pour vivre plus léger" aux éditions Jouvence


Je crois que tout cela n'a au fond pas beaucoup d'importance et que mettre un nom sur cette philosophie/façon de vivre/dogme/principe... correspond surtout à notre volonté systématique de classifier les choses et de tout bien ranger dans des catégories. Je n'ai aucune définition à donner de la Simplicité Volontaire et je crois que le mot tout comme le concept me fatigue sérieusement s'il n'est que prétexte à phosphorer sans agir. Je laisse aux sociologues et autres observateurs de la nature humaine le loisir de dresser le portrait robot du simpliste volontaire et de jauger si tel ou tel en mérite le nom. La catégorisation ne m'a jamais intéressée.

Bien sûr qu'il existe des tas de gens simples, qui n'ont aucunement besoin de se sentir appartenir à un nouveau groupe à la mode. Bien sûr qu'il existe des milliers d'individus qui vivent en harmonie avec leur quotidien et leur environnement (à petite et à grande échelle) sans porter le drapeau ECOLO en bandoulière. Les écolos existaient bien avant le terme qui les identifie et je me fiche bien finalement de savoir quel journaliste ou découvreur de phénomène sociologique a pu donner aux gens simples le nom de "décroissants" ou de "simplistes volontaires"

J'ai utilisé ce mot car il me permettait de parler rapidement de ce que je ressentais depuis longtemps : faire le vide en moi et autour de moi pour ne garder que l'essentiel. Ce qui me plait dans le mot "SV" ce n'est pas tant l'idée de simplicité que le second mot : VOLONTAIRE. Et c'est là peut-être que je fais une différence avec les gens juste SIMPLES. Car le second mot montre bien à quel point il s'agit d'un engagement, d'une décision, d'une volonté et d'un effort alors que les gens simplement simples le vivent naturellement...

La simplicité volontaire n'est pas faite pour les gens simples, elle n'a pas de sens pour eux. On ne donne pas une bouée à quelqu'un qui sait nager.

La SV n'est un concept intéressant que pour les gens compliqués dans mon genre, ceux pour qui choisir entre la consommation de masse et l'éthiquement correct ne va pas de soi, ceux qui ont besoin de s'épancher sur un site et d'écrire un article de 6 000 signes pour savoir s'il est préférable d'acheter un poireau bio importé ou son homologue local bourré de pesticides. Les gens simples tranchent avec justesse, choisissent avec lucidité, découvrent avec spontanéïté, jouissent sans culpabilité et font ce qui leur paraît le plus raisonnable.

Les gens compliqués et névrosés comme moi se retiennent d'acheter leur paquet de gâteaux favoris parce qu'il est bourré d'OGM et ne se sentent même pas satisfait de leur sacrifice, se disent qu'ils partiraient bien en vacances à l'autre bout du monde tout en faisant attention à leurs dépenses d'énergie, ont besoin de lire des livres de spécialistes pour comprendre comment le monde tourne ou pour croire en Dieu, dissèquent leurs pensées, leurs actes, leurs achats et ont besoin d'un dogme de plus pour se rendre la vie plus simple.

Voilà ce qu'est pour moi ce mot de SV ou plutôt ce qu'il est en train de devenir : un nouveau dogme. Et une nouvelle prison. Alors je me fous bien de savoir si j'appartiens vraiment ou non à cette catégorie, je me fous bien de savoir si j'en suis "adepte" et je n'ai surtout pas envie d'en exposer les lois ou les principes comme Moïse les dix commandements.

Oui je cherche une vie plus simple, oui pour moi le désencombrement est réellement une première phase vers cette liberté qu'est la simplicité car si futile et superficiel qu'il paraisse, il me permet de comprendre quelles sont les valeurs auxquels je tiens réellement, il m'aide à mesurer ce que je veux retenir et montrer de moi, il est un premier pas vers plus de liberté matérielle, financière et spirituelle. Il est bien loin d'être une technique supplémentaire d'organisation de la maison ou de ménage que seules des executive women peuvent adopter entre les tableaux de planification des repas et l'agenda cloisonné.

Vider les placards puis virer les placards eux-mêmes. Constater que les pièces sont presque vides sans les placards. Vendre la grande maison vide, presque deux fois plus cher qu'on l'avait achetée suite aux travaux et aux améliorations que l'on a faits, racheter cash une maison deux fois plus petite mais assez grande pour loger sa famille et le peu de meubles qui restent, se rendre compte qu'on économise maintenant les 900 euros que l'on donnait pour rembourser le crédit immobilier de la grande maison vide, s'autoriser enfin à travailler à mi-temps et écrire, ou prendre une année sabbatique pour voyager avec les économies dégagées, VOILA à quoi en ce moment, la "technique" ridicule du désencombrement est en train de me mener. A la réalisation de mes rêves de jeunesse, à la pleine possession de moi, à la liberté de faire correspondre mes convictions et le monde réel dans lequel je vagabonde, à une vie plus simple car plus centrée sur l'essentiel : les miens, MOI, la vie, le rien...

Jeter ses casseroles peut faire sourire. Mais aucune casserole ne vous consolera jamais de la perte d'un proche, aucun meuble ne vous fera passer votre plus folle et plus belle nuit d'amour, aucun téléphone portable ne suivra votre cercueil au cimetière, aucune télévision dernier cri ne vous dira jamais "je t'aime" ni ne vous demandera si vous aimez les fleurs... Les objets éloignent des gens mais seuls les gens comptent car seuls les gens font le monde et la vie que vous aimez tant. Combien de temps passez-vous à vous occuper de vos objets, à les laver, à les ranger, à les classer, à les acheter, à les revendre, à les collectionner, à les réparer? Et combien de temps consacrez-vous réellement à vos proches, à vous-même?

Combien d'argent dépensez-vous pour ces objets en achat mais aussi en assurance, en entretien? Combien de temps pourriez-vous vivre sans travailler avec tout cet argent? Pourriez-vous enfin ouvrir votre "propre affaire"? Pourriez-vous reprendre vos études? Elever vos enfants? Voyager? Ne rien faire?

Voilà ce qu'est pour moi le désencombrement et la Simplicité Volontaire puisqu'il faut lui donner un nom : un rendez-vous avec la vie. Mais seulement avec la mienne (je ne peux pas parler et décider pour vous)

 

Volontaire évoque aussi très bien pour moi l'idée qu'on est seul face à cette notion de simplicité et que ce qui est simple pour certains peut s'avérer compliqué pour d'autres. J'ai beaucoup aimé un récent commentaire de Tom qui se demandait si l'on devait sacrifier les livres sur l'autel de la SV. Effectivement, si la SV se transforme en sacerdoce, en carême permanent, alors elle n'a pas rempli son objectif. La SV ne doit pas nous compliquer la vie! Un moment, j'avais résolu le problème de l'encombrement des vêtements par une garde robe minimaliste : 7 tenues, une pour chaque jour de la semaine, on peut difficilement faire plus simple. Sauf que n'étant pas très régulière dans mes lessives, il était rare que mes 7 tenues soient propres pour la semaine suivante ou alors les vêtements qui allaient ensemble n'étaient pas propres en même temps, de sorte qu'au bout d'un moment, m'habiller devint un vrai casse-tête! Je m'étais bien compliqué la vie!

 

Lorsque je parle de désencombrement, chacun ne peut juger que ce qui est bon pour lui. Ce n'est pas tant le nombre d'objets qui compte que la valeur qu'on leur donne, ce qui me semble important c'est de s'entourer de choses qui nous ressourcent, que l'on trouve belles. Avec ma fille, nous collectionnons les fèves, avouez qu'il y a plus simple non? Mais pourtant, j'aime cette collection et je ne souhaite pas m'en débarrasser, j'aime les moments que je prends avec ma fille pour regarder nos fèves, pour dénicher la pièce manquante dans les vide-greniers, pour les classer par série puis les remettre en vrac dans le grand panier pour mieux recommencer une prochaine fois... Par contre, j'étouffe devant ce bureau imposant ou cette table de chevet inutile...pour moi.

 

Non la SV ne doit surtout pas diriger notre vie, ni devenir une loi de plus qui nous priverait du sel de la vie. Au contraire, elle doit nous amener à plus de profondeur et de réalité. Et surtout, à plus de vérité sur nous-mêmes.

Et moi, j'aime les vêtements et les fèves!