Beaucoup d'idées en vrac en ce moment... Je vous fais un petit florilège, sans souci d'organisation, vous voudrez bien m'en excuser, mais à force de vouloir écrire des articles parfaits je n'en écris plus du tout, du coup, tant pis, ce soir, c'est du « comme ça vient »... Allons-y :

J'ai découvert récemment Noam Chomsky. On m'a prêté un de ses livres, c'est passionnant et tout à fait ravigotant. Enfin quelqu'un qui dit ce qu'il pense... et qui a pensé avant de parler ! Le bouquin s'intitule « deux heures de lucidité » et traite, entre autre, de la propagande faite par les capitalistes pour le capitalisme, des centres du pouvoir, de la « démocratie », des médias, etc. Tout ce à quoi je pense depuis plusieurs années, les choses que j'essayais de théoriser, les pensées éparses que j'essayais de systématiser... il le fait avec concision et simplicité.  Un livre à lire, d'urgence.

On parle beaucoup, sur ce blog, de consommation et de simplicité volontaire. J'ai avancé l'idée que moins consommer c'était reprendre du pouvoir sur sa vie, en tout cas, c'est comme ça que je le vois. Chomsky démontre, documents à l'appui, que des industriels et des hommes d'affaire, depuis la fin des années 30 puis surtout depuis l'après deuxième guerre, ont réfléchi à des méthodes et des mesures qui amèneraient les gens à « s'attacher aux « choses superficielles de la vie, tels les objets de consommation à la mode » oubliant les idées dangereuses de compassion, de solidarité, de souci d'autrui et, d'une façon plus générale, les valeurs humaines. »  (Je ne sais pas de qui est la citation à l'intérieur de la citation.) Voilà qui est joliment résumé. Il explique que les masses doivent être tenues dans une relative ignorance et que le travail des « élites » consiste à faire perdurer le système. Les gens au pouvoir n'ont pas du tout intérêt à ce que les gens se mettent à penser par eux-mêmes. Les médias participent de cette perpétuation de l'ignorance. On informant sur des broutilles (les frasques de Sarkozy, plutôt que les lois liberticides qui passent en douce, par exemple), en ne relayant pas les combats de la « base », en noyant le poisson... Cela m'est déjà arrivé plusieurs fois de participer à des manifestations importantes (en nombre et en raison d'être) qui n'étaient absolument pas couvertes par les médias. Pensez-vous, les gens pourraient se rendre compte qu'ils ne sont pas les seuls à lutter, ils pourraient reprendre espoir et se avoir l'idée de se battre à leur tour !

Et puisqu'on parle d'information, il faut quand même que je vous informe sur les nouveaux programmes, à l'heure actuelle « soumis à consultation » (c'est à dire qu'on va pouvoir dire qu'on n'est pas d'accord, mais on ne sait pas si quelqu'un nous lira, et encore moins si on tiendra le moindre compte de notre avis...) dans les écoles. Je ne les ai pas encore lus dans leur totalité, c'est assez indigeste et surtout, ça me flingue le moral. Déjà que je me demandais si j'allais survivre à l'école... Juste quelques petits extraits pour vous donner une idée. Ce matin, nous avons épluché les programmes de sport. Auparavant, il était question d'apprendre à coopérer, de mener des actions, de jouer... Maintenant, le terme de coopération disparaît des intitulés des CE2 CM1 CM2.  Par contre, lors d'un combat de lutte, l'objectif, c'est écrit noir sur blanc consiste à « mettre à terre » son adversaire. En jeux de raquettes il faut « marquer des points ». Vous me direz, c'est l'objectif de ces sports, en « vrai ». Oui, mais à l'école, ce n'est pas ça qu'il faudrait enseigner aux enfants; La loi de la jungle et les plus forts qui dominent les autres, il n'y a pas besoin d'instits pour l'enseigner, ça vient assez facilement ! Par contre, la coopération, l'attention aux autres, l'entraide... J'ai fait de la lutte il y a trois ans avec des CM, c'était génial. Ils découvraient leurs forces, il apprenaient à respecter leur corps et celui de l'autre tout en allant au contact, ils apprenaient à observer les autres, à chercher des tactiques... Nous ne mettions absolument pas l'accent sur le fait de gagner ou de perdre...

En mathématique, pour le cycle 2 (GS, CP, CE1) il n'est plus question d'apprendre à réfléchir et à comprendre les maths, comme on essaie de le faire actuellement. L'accent est mis sur les techniques opératoires qu'il faut maîtriser très très tôt (addition, soustraction, multiplication en fin de CE1... pour l'instant, on commence la multiplication en CE2 et on l'exige en fin de CM1). Nous ferons de vos enfants de bons consommateurs et de bons travailleurs. D'autant que nous allons revenir à la morale d'antan, leur apprendre à se lever dès qu'un adulte rentre dans la classe (oui, c'est écrit dans les programmes) dès qu'ils entendent la Marseillaise, et à vouvoyer leur enseignant. Un peu de respect, que diable. Voilà pour mon début de lecture. Ah oui, et j'ai survolé la colonne « arts visuels » et pour le peu que j'en ai vu, on va devoir enseigner aux enfants l'histoire de l'art -ce qui n'est pas inintéressant en soi – au détriment de la pratique artistique...

C'est bizarre, non ? On va apprendre qu'il y a des objets de valeur (le cristal de Venise est au futur nouveau programme, je ne sais même pas trop ce que c'est moi-même) et qu'on peut les acheter, et donc qu'il faut de l'argent, au lieu de découvrir sa créativité, de s'enrichir, de se libérer... Je pense que quelqu'un qui écrit, qui peint, qui chante, qui danse... qui a une pratique artistique ou manuelle, quelque qu'elle soit et même si elle est irrégulière, est beaucoup moins manipulable que quelqu'un qui n'en a pas.  C'est une pensée que je ne peux pas prouver, je n'ai rien lu qui confirme ou infirme ça, c'est simplement une intuition. L'art permet de sortir des chemins balisés. L'art permet de se rapproprier qui l'on est. L'art libère, il desserre l'étau, il donne confiance en soi, il solidifie notre sentiment d'existence. L'art nourrit, bien plus que la consommation, pour en revenir à notre  point de départ. Peindre un tableau, c'est entrer en soi, c'est pour un instant s'autosuffire... Or, tout le monde a des capacités créatrices. Tout le monde a besoin de les exprimer... et très peu le font.

D'abord parce qu'on fait de l'art quelque chose d'intouchable, de réservé à ceux qui savent... Écrire de la poésie, c'est bon pour les poètes. Peindre, c'est réservé aux peintres, etc. De plus, de toute façon tous les artistes crèvent la dalle et en plus, ce n'est pas un métier sérieux... et ce n'est pas non plus une activité sérieuse. Ce n'est pas responsable. Pour pouvoir créer, il faut pouvoir retrouver l'enfant en soi, et lui donner une place. S'amuser avec des couleurs, avec des mots, sans objectif de rentabilité, juste pour se faire plaisir, dans une société où tout le monde semble trimer et souffrir, c'est très culpabilisant. Et pourtant...

Bref... Je vous encourage à créer... N'importe quoi. Enfiler trois perles pour faire un collier pour une amie. Mettre ensemble quelques fleurs pour un bouquet. Inventer un gâteau avec des ingrédients improbables. Raconter une histoire aux enfants. Si vous ne savez pas quoi, qui, quand, dites les premiers mots qui vous passent par la tête puis laissez l'histoire se dérouler, comme elle vient. Ça vient, au bout d'un moment. Repeindre l'armoire de la salle de bain. Colorier un mandala... N'importe quoi qui vous fasse du bien, n'importe quoi qui vous donne le sentiment que vous êtes vous, et pas n'importe qui, que votre vie a de la valeur et que vous pouvez faire quelque chose, que vous n'êtes pas dépendant du « système » à 100%. Il n'y a pas besoin d'argent pour créer. Pour écrire un poème, il faut un crayon et une feuille. Pour danser, il faut un corps. Pour chanter... Bref, vous pouvez...

Voilà, c'est fini mon vrac pour ce soir. J'espère que c'était quand même compréhensible...?