...ou, les petites choses...

(C'est rigolo, j'avais commencé à écrire cet article avant que Cherry Plum ne mette « défragmentation » en ligne... Comme quoi, une fois encore, nous sommes plus ou moins dans les mêmes thèmes sans se concerter...)

Adolescente, je me suis longtemps demandée pourquoi j'étais sur terre, quel sens tout cela pouvait bien avoir et si ça valait vraiment le coup de rester en vie. La question du bonheur me turlupinait particulièrement : qu'est-ce que ça pouvait bien être que ce sentiment, cette émotion, peut-être même cette sensation dont on nous rebattait les oreilles alors qu'aucun de nous n'avait l'impression de l'avoir jamais rencontré...? Finalement, après deux bonnes années de doute et de tergiversation, j'ai décidé un beau jour que j'avais vraiment envie de vivre, et que j'allais me donner les moyens de le faire à la hauteur de mes attentes. Je me suis levée un matin en me disant que j'allais être heureuse, quoique ce terme puisse recouvrir. Je me commençais à me faire une certaine image du bonheur et du sens possible à donner à ma vie...
Et quinze ans après cette décision, je continue à affiner, à chercher, et j'ai l'impression que les réponses que j'ai trouvées me conviennent de plus en plus. Je vous les livre donc.

J'ai commencé par me demander quelles étaient les situations où j'étais le plus heureuse, les moments qui me plaisaient le plus... et à contrario, ceux où j'étais la plus triste / déprimée / malheureuse... Pour me rendre compte, dans mes tripes, de ce qu'un certain nombre de philosophes affirment depuis l'antiquité... A savoir, que c'est d'être dans l'instant qui donne son sel et son sens à la vie.

Je m'explique. Moi, ce qui me rend la plus heureuse, c'est de danser, de sauter, de nager... bref, d'être dans mon corps. En fait, je commence à comprendre que cela me fait particulièrement du bien parce que lorsque je suis dans ce type d'activité physique, surtout la danse d'ailleurs, je ne pense à rien d'autre. Je suis dans le mouvement, je suis le mouvement. Je suis entièrement présente à moi-même, à l'instant, tout en étant présente au monde (ne pas foncer dans un meuble, si je suis chez moi, faire attention aux autres si je suis en cours) et à la musique qui est ma véritable partenaire dans cette aventure. Mes sens sont tous en éveil, toucher, ouïe, vue, mes émotions affleurent qui peuvent être entendues... je suis là, tout simplement.

Par contre, quand je suis mal, c'est rarement parce que dans l'instant présent tout va mal. Dans la plupart des cas et pour la plupart d'entre nous, quand nous nous sentons malheureux, c'est parce que nous sommes dans le passé, en train de nous plaindre de ce qui nous est arrivé, de ce qu'un tel ou une telle nous a fait...; ou bien nous sommes dans le futur, à craindre que, à attendre que, à espérer que, à douter que...

C'est pourquoi, je me proposais de vous proposer (et oui, une proposition!) quelques exercices d'attention aux petites choses... exercices qui sont à l'heure actuelle ce qui me fait le plus de bien dans ma vie quotidienne. (et après tout, le quotidien, c'est bien ce à quoi on se coltine, autant en profiter au maximum). Ce ne sont que de petites choses évidentes... qu'on oublie trop souvent.

Par exemple : quand avez-vous pour la dernière fois regardé le ciel ? Nous avons des yeux pour voir et nous traversons le monde en aveugle, sur pilotage automatique. Nous voyons, mais nous savons peu regarder. Quelle est la couleur des yeux de votre voisin ? Où sont les fleurs les plus proches de chez vous ? Avez-vous remarqué que les bourgeons sont déjà dans les arbres ? Que le petit des voisins a perdu une dent ? Quels habits portaient vos collègues/parents/amis hier ? Si vous vivez en couple, regardez, vraiment, comme si vous vouliez le-la dessiner, votre partenaire. Prêtez attention aux inflexions de sa voix, à son ton, ses silences. Laissez-vous surprendre. Oubliez que vous croyez le-la connaître par coeur.

Là, vous êtes en train de me lire: avez-vous conscience de votre position dans l'espace ? De vos tensions ? De votre respiration ? Avez-vous chaud, froid, faim ? Des crampes, envie de bouger, de boire ? Quelle est la sensation du tissu sur votre corps , du sol sous vos pieds, de vos fesses sur le siège ? Doux, rêche, chaud ? Quels sont les bruits qui vous entourent ? Entendez-vous les oiseaux quand vous sortez de chez vous ? Ou les voitures ? On peut s'entraîner, même en vaquant à ses habitudes à agrandir son cercle d'attention. On peut écouter les bruits proches ou bien les bruits lointains. En fait, on entend toujours tout, vu qu'on ne peut diriger ses oreilles ni les fermer, mais nous avons appris à ne pas prêter attention à tout (et heureusement, nous serions tellement dispersés!). Du coup, nous devons parfois faire l'effort inverse. Là, le bruit le plus proche est celui de l'ordinateur, son ronronnement, le bruit de mes doigts sur le clavier. En bas, il y a de la musique et les enfants qui jouent et discutent...

Essayez, la prochaine fois que vous passez à table, de goûter au moins une bouchée. Juste une (mâcher tout le repas, c'est vraiment difficile). Faites attention au goût, bien sûr, mais aussi à la température, à la texture, à l'odeur, à l'environnement, à vos émotions et sensations. Mâchez, et appréciez la façon dont les aliments se transforment, leur goût qui se modifie. Sentez cette unique bouchée descendre dans votre estomac. Juste celle-là... Et les suivantes si vous le pouvez !

Utilisez votre nez aussi. Les lieux ont des odeurs, les gens ont des odeurs, les choses ont des odeurs.  Il y a des parfum qui vous plaisent ? Donner vous les moyens d'en profiter, portez-les, diffusez-les, respirez-les !

Et là, tout de suite, bougez juste votre bras, pour voir. Refaites-le en prêtant attention. Sentez vos os, vos muscles, juste une ou deux secondes. Regardez votre main, bougez un doigt, puis l'autre. N'oubliez jamais quelle merveille c'est : il suffit de vouloir bouger un doigt pour pouvoir le faire !On n'a même pas à penser qu'on veut tourner la tête pour qu'elle soit déjà tournée ! Nous avons l'extraordinaire chance d'être en vie. Si vous n'êtes pas malade, alors vous bénéficiez encore du cadeau que la nature / Dieu / le hasard à votre convenance, vous a donné la naissance, en général en parfait état de marche. Cela devrait être votre bien le plus précieux. Admirez quelle machine incroyable c'est! Tout fonctionne tout seul, à moins que nous ne l'abîmions vraiment beaucoup!. Barefoot Doctor, un auteur que j'apprécie, dit que le simple fait de respirer pourrait suffire à notre bonheur. Allez-y, respirez!!, lâchez les mâchoires. Pleurez si les larmes viennent, riez si ça vous démange. C'est l'instant, c'est le magique de nos vie. Sentez la vie qui vous traverse...

Prêter attention, c'est aussi accepter de chercher tout ce qui va bien dans nos vies. Nous avons la chance d'avoir reçu une éducation, nous possédons suffisamment d'argent pour au moins posséder un ordinateur et internet... Nous faisons partie des 2% de privilégiés de la planète !!! Il est interdit de l'oublier!!! Nous n'avons pas peur de recevoir une bombe sur la tête demain, nous mangeons à notre faim, nous avons un toit et de quoi nous habiller... Je vous dis ça, ce n'est pas du tout pour faire la morale...mais il est si facile de s'apitoyer sur son sort... Et on a le droit de le faire... on a le droit de se rendre malheureux. Ça  me prend, parfois. J'ai envie de tout voir en noir, de me morfondre et de grogner... Et puis ça passe. Mais l'attention aux petites choses, c'est aussi prendre conscience de toute la chance qu'on a. C'est arrêter de chercher toujours ce qui ne va pas, ou pourrait ne pas aller. Pas de souci, on peut toujours trouver... mais si on cherchait ce qui va bien? Ou ce qu'on peut faire pour que ça aille mieux ? Si on faisait la liste de tout ce qui fonctionne ? Nos enfants adorables... qui crient parfois, mais qui sont en vie ! Notre travail peut-être pénible mais qui nous nourrit... et cette possibilité, toujours ouverte quoiqu'on en pense, d'en changer si ça ne nous convient plus !

Prêter attention, enfin, c'est regarder passer les émotions qui vous traversent. Ces envies fugaces, de pleurer ou de rire. Ces envies de mordre peut-être, de hurler... les passages à l'acte ne sont pas forcément recommandés, mais prendre en compte ce que ça nous dit... Parce que ça parle en nous, ça discute et ça s'agite... et ce que ça dit, même si c'est passager – et les émotions ne sont que passagères – est à entendre...


Précautions et mises en garde : ces exercices ne sont pas sans risques! Prêter attention aux choses peut vous permettre de voir ce que vous ne voulez pas voir... les cernes de votre meilleure amie qui va tellement bien ! Les plantes en pot qui sont en train de mourir faute de soin. Et cette petite voix au fond de vous qui vous chuchote des pensées interdites. Bon courage.