Depuis quelques temps, le voile se lève de plus en plus sur ce qu'on appelle le maternage proximal, c'est à dire l'art d'éduquer son enfant en étant à l'écoute de ses besoins physiologiques et psychiques les plus primaires. Dormir avec lui, l'allaiter jusqu'à ce qu'il ait largement passé le stade de la marche, le porter en écharpe, pratiquer l'hygiène naturelle (sans couches), ne pas donner de fessées ou tapes, l'accompagner dans ses pleurs, communiquer de façon non violente sont des exemples parmi d'autres des "principes" du maternage proximal.

Je découvre tout cela depuis 7 ans et j'avance toujours un peu plus sur ce chemin. Si nous réussissons un jour à faire ce troisième qui tarde tant, je pense que j'irai encore plus loin dans l'écoute de mes instincts naturels que je ne l'ai fait pour les deux premiers.

Mais il y a pourtant un discours ambiant qui m'énerve un peu et qui risque parfois de fausser les raisons pour lesquelles une jeune maman peut vouloir ou non adopter le maternage proximal. Ce discours consiste à dire que toutes les choses citées plus haut sont les meilleures qui soient pour l'enfant. Comme le signalait très justement Pascale dans son article, il est complètement stupide d'expliquer à la Nature qu'elle est meilleure que les trucs artificiels puisqu'a priori, tout a été conçu pour fonctionner à l'état naturel.

J'entends par là qu'il est grotesque de vouloir PROUVER que l'allaitement est meilleur que le lait maternisé puisqu'on n'a jamais vu un animal donner le biberon à son petit. Grotesque de vouloir prouver que le portage est meilleur que les outils multi-fonctions de la puériculture puisque l'on n'a jamais vu un koala ou un singe pousser un landau. Nous faisons partie de la Nature (je sais, je le répète toujours!) et par là même, elle nous a fourni tout ce qui était nécessaire pour nous occuper de notre petit : des mamelles, un corps chaud, des bras et des jambes musclés (si, si!), tout pour nourrir, porter et réchauffer notre petit.

Après vient bien sûr la CULTURE et il est clair que nous n'avons pas la même qu'une tribu d'Amazonie. De fait, parce que nous obéissons aux codes culturels, nous pouvons faire le CHOIX d'un autre mode d'éducation. Ce n'est ni bien ni mal et il n'y a aucun jugement dans mon propos, c'est juste le respect de notre fonctionnement culturel. N'empêche, mêmes celles qui "biberonnent", "poussettent" et font dormir leur bébé dans une chambre séparée, ne pourront pas le nier : ce n'est pas NATUREL.

Alors, messieurs les scientifiques, pédagogues, pédiatres, psychologues et autres sociologues, pas la peine de vous escrimer à faire des tests par centaines pour nous prouver que le maternage proximal est le meilleur, on le sait. La Nature l'a voulu ainsi. Maintenant, libre à chaque femme, à chaque famille, de faire le choix qui lui convient.

Pourquoi insister sur ce choix et ne pas défendre moi aussi, l'allaitement longue durée, le cododo et le portage, alors qu'Aspen et moi en parlons, le faisons?

Parce que je me rends compte que certaines mamans, culpabilisées par les discours ambiants ou influencées par les résultats des tests scientifiques, font un choix qui n'est pas celui de leur coeur, avec des conséquences parfois dramatiques pour les bébés et les mamans. Je me rappelle cette nièce qui allaitait sa fille parce que "les médecins disent que c'est bon pour elle". Seulement elle vivait très mal cet allaitement, elle se sentait salie, humiliée par ce geste, impudique à son goût. Elle continuait à allaiter à contre-coeur, ne regardant pas son bébé au sein mais étant convaincue que son "sacrifice" aiderait son enfant!

De trop nombreux exemples autour de moi montrent que des mamans investissent dans le maternage proximal comme on place son argent en banque, pour qu'il "rapporte". Ainsi, des mamans portent leurs enfants en écharpe parce qu'on leur a assuré que les petis ainsi portés pleuraient moins ou deviendraient indépendants, étant rassurés affectivement. Des mamans allaitent parce qu'on leur a garanti que les enfants allaités étaient moins malades ou avaient de meilleurs résultats scolaires. Des mamans cododotent parce qu'on leur a promis que leur enfant n'aurait peur de rien car aurait été rassuré depuis sa naissance et j'en passe....

Je sais bien que ce type de maternage a tellement subi de critiques que ses défenseurs ont voulu rassurer, informer, et promouvoir ce mode éducatif. Mais à force de tests qui "prouvaient" la bonne santé, l'intelligence, la mâturité, l'équilibre psychique des enfants maternés, on a transformé le maternage proximal en produit marketing. Combien de mamans portent aujourd'hui leur nourrisson en écharpe parce que c'est fun (alors même qu'elle le laisse hurler à 1 mois "pour qu'il se fasse les poumons") ?  Combien allaitent parce que cela donne une image de "bonne mère" ou parce que "c'est bon pour le bébé" tout en espaçant les tétées des maudites 4 heures réglementaires!

Les discours et les tests ont brouillé les choix. Aujourd'hui, une maman qui veut donner le biberon ou qui pousse son petit en landau à 3 jours est presque mal vue. C'est dommage. Je crois que la seule raison qui nous peut nous pousser à materner, c'est l'ENVIE et non des espérances quant aux futurs "résultats" de cette expérience.

J'ai allaité mes deux enfants assez longtemps, ils ont tous deux développé chacun des maladies chroniques (otites pour l'une, bronchiolites pour l'autre) dès l'âge de 2 mois.

J'ai utilisé la poussette pour ma fille qui est devenue une grande marcheuse et une petite fille indépendante. J'ai porté mon fils jusqu'à 3,5 ans en écharpe (il m'arrive ponctuellement de le porter encore), il déteste marcher et a été "sauvage" pendant très longtemps.

J'ai installé ma fille dans sa chambre dès le retour de la maternité (sans pour autant jamais la laisser pleurer), c'est une petite qui n'a AUCUN problème de sommeil et qui n'en a jamais eu (ni problèmes d'endormissement, ni peur d'aller au lit, ni réveils nocturnes) J'ai cododoté partiellement avec mon fils. A 4 ans, il se lève toujours 5 à 6 fois avant de s'endormir et il n'est pas rare qu'il finisse sa nuit dans notre lit.

Loin de moi l'idée de dénigrer le maternage proximal, au contraire, j'y crois beaucoup et je suis heureuse de l'avoir pratiqué avec mon fils et partiellement avec ma fille, je ne regrette rien et si c'était à refaire (j'espère que ce sera le cas bientôt), j'en ferais 10 fois plus ! Mais je veux juste insister sur le fait qu'on ne peut pas materner pour de mauvaises raisons. Et espérer ainsi rendre son enfant plus fort physiquement et psychiquement, est peut-être une mauvaise raison. Car l'on risque d'être fort déçue de son "investissement" si, comme pour mon fils, cela ne "donne pas les résultats escomptés".

Je n'ai pas materné mon fils pour qu'il soit moins malade ou qu'il devienne plus indépendant. Je l'ai fait parce que j'en avais ENVIE.

Alors, lorsqu'on nous demande pourquoi on allaite notre enfant à 2,5 ans ou pourquoi on le porte en écharpe à 3 ans ou pourquoi il dort avec nous, ou pourquoi il n'a pas de couches, ne répondons pas par des chiffres et des résultats à des tests scientifiques, ne répondons pas par des phrases toutes faites tirées des magazines ou des livres pro-maternage.

Répondons par nos vraies raisons (c'est pratique, ça me plaît, ça me fatigue moins, c'est moins cher...) qui ne sont peut-être pas aussi glorieuses ni aussi épatantes, mais ces raisons-là sont les seules valables car ce sont les raisons du COEUR.