Lorsque l'on évoque l'écologie, on pense au tri des déchets, à l'agriculture biologique, aux économies d'énergie, au vélo et au commerce équitable.

On la voit moins dans certaines de nos décisions. Et pourtant...

Beaucoup de choses se bousculent dans ma tête actuellement et je vois l'écologie partout, surtout là où, hier, je n'aurais pas soupçonné son existence. Dans la descolarisation par exemple. En quoi instruire en famille peut-il relever d'un comportement écolo?

Parce qu'en reprenant les rênes de leur éducation, je montre à mes enfants que je suis un élément de la Nature, un animal, chargé de les faire grandir et de les aider à devenir des adultes capables de se débrouiller dans notre monde.(vous noterez que je dis « se débrouiller » et pas « des adultes épanouis et heureux », ça, j'estime que ce sera leur boulot à eux)

Je leur montre que l'Institution ne décide pas, pour notre famille, de ce qui est bon ou non et que nous faisons partie de la Nature avant de faire partie d'un système. J'espère ainsi les libérer des pressions médiatiques, publicitaires qui sévissent jusque dans les écoles. J'espère aussi les ramener à des instincts de survie (savoir se nourrir, se vêtir, fabriquer ce qui nous manque et utiliser ce que la nature nous offre), chose que les instits (et je le comprends bien) n'ont pas le temps de faire avec 25 gamins par classe. Entre faire pousser une graine de haricots dans du coton et cultiver un mini-potager chaque jour, même dans un jardin de ville, la leçon à tirer n'est pas la même. Dès lors, quand les enfants comprennent comment fonctionnent les saisons, d'où vient le repas sur la table et le pull qu'ils portent, le comportement écolo s'inscrit en eux, comme une seconde peau, pour préserver la Terre qui leur apporte tant de joies et de plaisirs concrets et affectifs.

Je me souviens d'un après-midi où mes enfants jouaient dans le jardin. J'entendis ma fille de 6 ans dire à son frère de 3,5 ans : « On dirait qu'on était pauvres » J'ai pensé qu'il n'y avait vraiment que les gamins de pays riches pour s'offrir le luxe de jouer à être pauvres! Mais, à part cette pensée fugace, j'ai demandé à ma fille pourquoi elle « jouait à être pauvre »

  • parce qu'ils ont de la chance les pauvres!

  • Pourquoi ?

  • Parce qu'ils fabriquent tout ce qu'ils ne peuvent pas acheter. Alors que nous, on va au magasin, c'est moins drôle! Moi je voudrais apprendre à fabriquer des trucs »

Entendez par là que son désir était de vraiment savoir FABRIQUER des objets de la vie de tous les jours, pas un bricolage en rouleaux de PQ pour la fête des mères ou des cadres en mosaïque, comme on le faisait déjà lors de nos après-midi « bricolage pour petites mains » que je lui propose en bonne mère de famille que je suis. Non, son désir à elle, c'est d'apprendre à planter des carottes et à faire du savon, choses que nous expérimentons actuellement. Parce que les bricolages qu'elle entasse sous mes yeux énamourés lui font plaisir mais pas tant que d'apprendre à devenir une « grande ».

Un de mes élèves me faisait le même genre de réflexion ce matin : « Mais Madame, ce que l'on apprend à l'école, je ne m'en sers jamais dans la vie de tous les jours » C'est vrai.

L'école n'apprend pas à nos enfants à devenir des adultes qui sauront se suffire à eux-mêmes, à s'occuper de leur famille. Les voies générales ne leur apprennent même pas un métier. Dans la plupart des pays, les enfants apprennent qui à pêcher, qui à fabriquer des filets, qui à filer la laine ou à mener le troupeau aux pâturages, qui à piler le mil ou à construire une maison, bref, des choses utiles pour leur future vie d'adultes. Nous, nous avons un des systèmes scolaires les plus stricts, qui représente des budgets énormes (toujours trop faibles, je sais, je sais!!), des millions de mètres carrés de surface sur l'ensemble du territoire, des milliers d'individus pour gérer l'éducation de nos enfants, un marché colossal pour les vendeurs de livres, d'informatique, de fournitures scolaires, de mobilier et j'en passe. Pourtant, à aucun moment, cette solide et envahissante institution n'apprend à nos futurs adultes à faire une vidange, à remplir des formulaires administratifs, à cultiver des légumes, à tricoter, à écrire une lettre, à décrypter une petite annonce, à cuisiner...

« Encore heureux! » me direz-vous, « car c'est là le travail des parents! L'école ne doit pas éduquer à la place des parents »

D'ACCORD, mais qu'on lève alors cette grande hypocrisie qui consiste à dire que l'école est ce qui prépare le mieux les enfants à leur vie d'adulte. Que l'on cesse de dire que, sans l'école, ils ne trouveront pas de métier, alors que, justement, on ne leur y apprend rien du métier en question ! (je ne parle pas des voies techniques)

On pourrait croire, suite à mes derniers articles, que j'ai vraiment pris l'école en grippe. C'est faux. Ce matin encore, j'ai fait, avec mes élèves, un cours sur la science-fiction qui leur a manifestement beaucoup plu. Les textes choisis leur montraient comment la science-fiction est une critique de la société et une remise en question de nos choix ou non-choix de vie, nous avons eu un débat très intéressant sur la technologie et ses dangers, sur les prouesses techniques et leurs dérives, sur la volonté d'un monde parfait et le risque de la pensée unique et du conditionnement. Alors, vous voyez, rien à voir avec comment faire pousser un chou ou repasser sa chemise. Pourtant, ils ont apprécié car notre discussion leur a sérieusement secoué les méninges, ce qui est très sain, à 13 ans.

Alors? Elle critique l'école ou pas? On n'y comprend plus rien!

Je ne dis pas que l'école ne sert à rien. Je dis juste qu'il faut en finir avec l'idée stupide que l'école est la réponse à tous leurs besoins. Je voudrais qu'on soit franc et qu'on arrête, nous les profs, nous les outils de l'institution, de nous comporter comme des vendeurs de savonnettes en porte à porte, en faisant croire aux parents que nous avons LE produit miracle pour amener leur progéniture vers la réussite!

Que l'école soit un lieu de culture, d'apprentissages globaux, de construction de la pensée et du raisonnement, d'apprentissage de la vie en groupe, de l'ouverture sur des matières variées, l'occasion de s'intéresser à des choses qui sont étrangères à notre quotidien, le lieu de la réflexion, de l'analyse, une main tendue vers la Culture et une porte ouverte sur l'avenir, soit. D'ACCORD.

Mais ne prenons pas l'école pour le produit 5 en 1 qui lave plus blanc que blanc et reconnaissons notre grande défaillance sur de nombreux points. Acceptons d'avouer que le collège unique est un échec et que ce système n'est pas fait pour tous.

Rêvons d'une école qui permette un accès à la culture et, parallèlement, une meilleure emprise sur le monde moderne. Rêvons de règles communautaires, de méthodologies, de “sanctions” (ou réparations), de vie de classe qui fonctionnent aussi en dehors de l'école et qui soient aussi des réalités dans le monde de l'entreprise. Les règles de fonctionnement que je vois dans la plupart des collèges ou lycées ne sont en fait que des règles qui satisfont les profs, eux-mêmes anciens élèves. En clair, on a l'impression que le seul métier possible où un élève y reconnaitra ce qu'il a appris à l'école, c'est prof!

Rêvons d'une école où les élèves apprendraient des choses qui leur servent, tout en étant sensibilisés à ce qui leur paraît inutile! Rêvons de plus de concret et de matérialité, conjugués avec la réflexion et la pensée abstraite. Rêvons d'une école où chacun irait à son rythme et se serait intégré plutôt que “traîné”

Cette école est possible. A nous de l'inventer.