Où l'on repose (encore) la question des contraintes

Poser des limites, poser des limites, c'est bien beau, mais quelles limites et pourquoi faire ?

J'ai l'impression que nous avons tous si bien intégré toutes les limites, toutes les contraintes, tous les « ça, ça ne se fait pas, ça n'est pas possible, non non non pas question » que nous sommes comme englués dedans.

Nous voudrions nous échapper, penser par nous-même, chercher librement notre voie, et sitôt que nous nous aventurons un tout petit peu hors des sentiers battus, hop, nous retournons tous seuls dans le droit chemin. Il faut suivre la ligne du parti... Rester solidaire avec nos pauvres frères humains. Ne pas trop sortir la tête du rang, pour ne pas se faire trop taper dessus... Non, même pas, c'est juste que « ça n'est pas possible ». Et puis c'est tout. Pas possible. Il n'y a même pas à se rebeller contre cet état de fait.

On voudrait faire le tour du monde, repeindre son appartement en rose, ne pas fêter Noël  dans les excès, se teindre les cheveux en bleu, chanter à tue-tête dans la rue... Mais non. C'est à peine si la plupart d'entre nous osons nous avouer dans le creux de notre esprit nos rêves les plus fous. Parce qu'ils paraissent fous alors qu'ils ne le sont pas tant que ça. Reprendre la peinture, devenir potier, prof d'équitation, que sais-je moi ? Partir en vacances, tout de suite, faire l'école buissonnière, déscolariser notre môme malheureux à l'école. Embrasser l'homme de sa vie en pleine rue. Mais tout de suite il nous vient des objections raisonnables... Il faut gagner sa vie... et acheter une nouvelle voiture... et que vont penser les voisins...

Bien sûr, je caricature. Mais je connais tellement peu de gens libres...

 

Et tellement de gens qui agissent comme en pilotage automatique, non pas par choix mais par méconnaissance de ce simple fait : les choses pourraient être autrement.

Non, nous ne sommes pas obligés de travailler 40 heures par semaine de 20 à 65 ans. Oui on peut choisir de le faire et c'est tout à fait respectable. Non, on n'est pas obligé de s'habiller de telle ou telle façon. On peut choisir de le faire pour ne pas se faire remarquer (ou virer si c'est une boite « costume-cravatte ») Non, on n'est pas obligé de penser comme ses parents. Oui, on peut continuer à croire au Père Noël après 6 ans, et même après 40 ans. Oui, on peut choisir de gagner moins d'argent. Oui, on peut faire tout un tas de choses qualifiées "excentriques" sans en mourir...

En fait, la question n'est pas tant ce qu'on fait réellement ou pas que la sensation qu'on a le choix de faire autrement.

Et de fait, nous n'avons, de par notre éducation, pas tant le choix que ça. Si on a été habitué à penser, mettons, qu'on n'est pas respectable si la maison n'est pas toujours impeccablement tenue... et bien il y a fort à parier que soit la maison sera impeccablement tenue, soit nous le vivrons très mal...

 

Là où je voulais en venir, pardonnez-moi, mon propos est un peu nébuleux aujourd'hui, c'est que depuis toujours nous faisons ce qu'on attend de nous, que ce soit dit clairement (auquel cas, on peut au moins protester) ou que ce soit complètement inconscient...


Pour prendre un exemple au hasard : les enfants savent très tôt, pour la plupart, quels types de dessins plaisent à la maîtresse... et très tôt aussi, ils s'y conforment parce que le besoin d'amour et de reconnaissance  passe avant le besoin d'expression. Un coloriage réussi, c'est un coloriage « qui ne dépasse pas ». Très bien. Mais pourquoi ? Ne pourrait-il pas être beau aussi en dépassant volontairement ? Je sais bien que l'intérêt de demander à l'enfant de ne pas dépasser est pour qu'il apprenne à maîtriser son geste graphique... Sauf que plus jamais dans sa scolarité il ne sera autorisé à « dépasser » « déborder »... et il ne mettra qu'une couleur par « case »... (alors que quand même, c'est joli aussi quand ce n'est pas uniforme).

Nous même, en tant que parent, ne pouvons que difficilement nous empêcher de valoriser certains apprentissages plus que d'autres, comme si certaines connaissances étaient plus nobles que les autres. Il connaît tout sur les insectes mais fait trois erreurs d'orthographe par mots... Sur quoi va-t-on insister ? Sur sa prodigieuse mémoire ou sur ses lacunes orthographiques ? Pourtant, l'un n'est pas forcément moins utile que l'autre... surtout s'il veut devenir entomologiste... (tu n'y arriveras jamais si tu ne fais pas un effort avec ton orthographe!)

 

Bref. Donc... Donc je ne sais pas. J'essaie pour l'instant de sortir du cadre... mais je n'y arrive pas. Pourtant, j'ai bien peur que ce cadre ne me convienne qu'à moitié. (voire pas du tout ?) Mais il est bien rassurant...  Et je ne sais pas non plus comment ne pas l'imposer, de fait, à mes enfants...