L'ère du pétrole bon marché touche à sa fin. Les experts ne s'étripent plus pour savoir s'il y aura ou non un pic de pétrole, ils se disputent maintenant pour évaluer la date de ce pic. Et pour certains, le pic à déjà eu lieu... (Pour les novices, le pic de pétrole  n'a rien à voir avec la fin de la production, mais c'est le moment où le pic de l'extraction de pétrole atteint un maximum... à peu près donc quand la moitié des réserves a été épuisée) Depuis 2002, le prix du baril de pétrole a triplé, et rien ne vient indiquer qu'il pourrait se mettre à baisser, bien au contraire...

Bonne nouvelle pour la planète ? Peut-être, quand on sait que le pétrole et ses dérivés sont parmi les principaux polluants de notre terre... Mais pour notre société... ça risque de ne pas être drôle tous les jours. En effet, d'une part notre croissance économique est liée à la consommation de pétrole.... donc nous risquons une dépression économique majeure dans le monde. De plus, les matières premières, toutes fabriquées grâce au pétrole, ont déjà commencé a augmenter... et ce n'est pas terminé. Rappelons que la majeur partie de notre alimentation « conventionnelle » est produite grâce au pétrole. Les engrais sont fabriqués avec du pétrole, les pesticides aussi, les champs sont labourés grâce au pétrole et tout ça arrive près de chez nous grâce... au pétrole. Un quidam dont j'ai oublié le nom avait résumé en disant « nous nous alimentons de pétrole »...
Les entreprises vont avoir du mal à gérer cette crise: les plus faibles disparaîtront, renforçant l'emprise des multinationales. Par contre, nous assisterons à une relocalisation de l'économie... mais ça ne s'improvise pas... Vous-même, par exemple, à combien de km de chez vous travaillez-vous? Y a-t-il des moyens de transports en commun rapides et suffisamment fréquents qui pourraient vous permettre de vous déplacer sans voiture à partir de chez vous? Les banlieues, par exemple, ne sont absolument pas conçues pour qu'on y vive sans voiture...
Pour en revenir à l'agriculture, l'utilisation de tracteurs, engrais, pesticides a tellement fragilisé la terre que certains indiquent qu'il faut 5 à 10 ans pour qu'elle redevienne fertile après un tel traitement. Les couches arables se forment à la vitesse de 2,5cm tous les 500 ans... (On est en train de découvrir d'autres façons d'accélérer le processus, mais il faudra se donner les moyens de le faire...) De plus, les paysans désertent les campagnes, les savoir-faire se perdent... et il faudra du temps pour reformer les gens à produire au moins une partie de leur nourriture. Enfin, les agrocarburants feront une concurrence féroce à la production alimentaire... Les pauvres agriculteurs du sud et d'ailleurs commençant déjà à produire du soja, de la canne à sucre etc... pour que les riches puissent rouler.

Bref, et j'en viens à mon titre: et moi, et moi, et moi...
Depuis le temps que je m'informe sur le pic de pétrole, sur les conséquences de nos modes de transports sur la planète, ça commence petit à petit à se transformer en actions réelles dans ma vie. Petit à petit, oui, parce que la force de l'habitude, de la facilité, du « allez, ce ne sont pas deux km de plus qui vont tuer la planète »...font qu'il y a des habitudes plus difficiles à remettre en cause que d'autres. Mais il se trouve que je n'ai, en plus d'avoir des convictions, pas beaucoup d'argent. Or, conduire, ça commence à devenir très cher. Du coup, ça m'aide à n'utiliser la voiture que lorsqu'elle est vraiment indispensable. Certes, il faisait très froid ce matin, mais nous n'habitons qu'à 800 mètres de l'école, il n'est pas question de prendre la voiture pour un aussi petit trajet. J'avoue, cela m'arrive parfois le midi parce que nous n'avons qu'une heure et quart pour manger et qu'avec mes deux enfants il nous arrive parfois de mettre 40 minutes pour faire le trajet...aller.  Et là, je me dis que c'est notre conception du temps qui rend les automobiles indispensables. Il faut tout faire vite. Du coup... pas le choix. Voiture.

Pourtant, Ivan Illich avait calculé dans les années 70 que la voiture nous permettait de nous déplacer à 5km/heures... en moyenne, bien sûr. (C'est à dire que si on compte le temps passé à travailler pour payer la voiture, l'assurance, les réparations, l'essence... et qu'on le met en rapport avec le temps gagné à rouler plus vite... sans compter le temps perdu dans les embouteillages, chez le garagiste etc... on arrive à ce résultat déjà pitoyable à l'époque et qui doit être encore pire vu l'augmentation et du trafic et du prix des voitures). 5 km/h, c'est la vitesse d'un homme à pied. Seulement, il y a des moments où il faut absolument que nous allions vite et du coup, cela justifie cette aberration sociale, environnementale, humaine et écologique qu'est la voiture. Sociale parce que comme on l'a vu, c'est ce qui permet que les grandes surfaces puissent s'installer à la périphérie des villes, que les banlieues s'étendent toujours plus loin des centres ville, humaine parce que c'est chacun pour soi derrière sont volant, et que les plus faibles crèvent, environnementale parce que la voiture massacre les paysages et écologique... je ne vous fait pas de dessin. (je dessine très mal!)

Revenons à moi. (Quand même !) J'habite à 30 km de Rennes. J'ai des activités à Rennes. (Deux cours de danse). Mais cela devient de plus en plus difficile de justifier à mes propres yeux que je prenne la voiture pour ça. Du coup, j'ai décidé d'aller à l'un des cours en train, parce que les horaires le permettent... Seulement, c'est 10€ le trajet... Du coup, je pense que je ne vais plus y aller. C'est trop cher pour moi... et trop cher pour la planète si je prends la voiture. (C'est tout aussi cher pour moi, mais beaucoup plus indolore puisque je ne paye pas à chaque trajet, donc je peux faire semblant de ne pas me rendre compte que c'est cher). L'autre cours de danse a lieu àdes horaires où je ne peux de toute façon par utiliser les transports en commun... sans y passer la journée entière. Du coup, je commence à prendre conscience de l'aberration totale de mon mode de vie. Dans mon village, il n'y a qu'une boulangerie. Le premier magasin est à 8 km. Et c'est vallonné par chez moi!!! Mais depuis deux semaines, mon compagnon se rend au marché à vélo. Pour Noël, nous allons demander au père Noël (si si, il existe) une barre à vélo pour accrocher le vélo de notre petit gars derrière nous. Quand nous avons vu le prix, nous avons tiqué: 70€... mais à bien y réfléchir, c'est moins cher que deux pleins... Et puis, nous avons maintenant le réflexe presque toujours de grouper les courses... on ne se déplace plus pour une plaquette de beurre: soit on y a pensé avant, soit on s'en passe...

Ce qui m'amène à reparler de l'argent : la simplicité volontaire est un processus où l'on décide de gagner moins pour vivre mieux. Et du coup, c'est un peu un cercle vertueux: le fait d'avoir moins d'argent permet de/oblige à faire des choix plus radicaux. J'ai l'impression que personnellement, cela m'aide quand je « faiblis » à tenir mes engagements. Je ne prends pas l'avion parce que ça pollue, certes... mais aussi, et peut-être même surtout, qui sait, parce que je n'ai pas les moyens de le prendre. Je ne prends pas la voiture à tout bout de champ, je me déplace le moins possible parce que ça pollue... mais aussi parce que c'est difficile de finir le mois après. Alors, j'avoue, j'attends avec impatience des transports en commun plus fréquent (si je vais à Rennes en bus le matin, pour rentrer je dois attendre jusqu'à 16 h...) et un peu moins cher (je peux rentrer à midi en train, mais c'est deux fois et demi plus cher que le bus.)
Et puis, je réfléchis à comment je peux faire pour relocaliser aussi mes activités... Pour la danse, ça ne va pas être très facile. Sans vouloir me vanter, je vais avoir du mal à trouver des cours à mon niveaux dans les petites communes autour de chez moi... mais peut-être ai-je mal cherché.? En tout cas, lorsque l'on calcule le prix d'une sortie, d'un loisir, etc, on oublie en général d'inclure le prix des transports...

En tout état de cause, je pense qu'il est tant pour moi et peut-être d'ailleurs pour tout le monde, de réfléchir sérieusement à mon/notre utilisation de la voiture... parce que ce mode de transport est condamné à plus ou moins brève échéance !

(PS : Les informations de la première partie de l'article sont, pour un bon nombre d'entres elles, tirées dun article du journal « La Décroissance » de novembre 2007, excellent journal mensuel et sans pub dont je vous recommande chaudement la lecture... pour seulement 2 euros!)