Moralisateur mais pas moral….
Aujourd’hui, je voudrais parler des livres, spectacles… pour enfants. J’en connais beaucoup qui sont extraordinaires… mais il y a en aussi un certain nombre qui véhiculent des valeurs avec lesquelles je ne suis pas du tout en accord. Quand, dans les livres, ce sont toujours les mamans qui font la vaisselle et les papas qui lisent le journal… quand les grands ont toujours raison, quand le petit enfant qui n’a pas d’ami doit être content à la fin du livre d’avoir au moins une petite peluche avec laquelle jouer… je me dis que ça n’est pas génial.
Mais je voulais vous parler plus précisément d’un spectacle
récent que j’ai vu qui se payait le luxe d’être à la fois extrêmement
moralisateur sans même être moral. Je m’explique.
C’est l’histoire
d’une petite fille que son papa laisse toute seule pendant un petit
moment pour aller faire une course sachant que, dès qu’il revient, elle
ira au carnaval. Elle a donc déjà sa belle robe de princesse et trois
consignes : ne pas abîmer ou salir sa robe, ne pas monter sur les
chaises et ne pas sortir de la maison.
Au début, elle est bien sage,
elle lit un livre. C’est l’histoire d’un petit garçon qui fait des
bêtises et qui est puni par les lutins, le lutin du feu, de l’air, de
l’eau, de la terre. « Si tu fais une bêtise, nous nous déchaînerons ».
Ah ?
C’est donner beaucoup de responsabilité à un si petit enfant. Déjà
qu’ils ont tendance à se croire le centre du monde et responsables de
tous les soucis de leurs parents, si en plus ils se mettent à penser
que c’est parce qu’ils ont fait une bêtise qu’il pleut sans
discontinuer depuis trois jours, on est mal. Mais soit, c’est comme ça
dans les histoires, donc admettons.
Après bien sûr, tout se gâte : elle monte sur une chaise, tombe et se
fait mal. Puis elle sort et se perd. Alors, comme prévu, les lutins
attaquent, lui prennent sa cape de princesse, elle pleure, le vent et
la pluie se déchaînent et ce passage fait tellement peur que mon petit
bout d’homme qui était devant pour mieux voir le spectacle s’est levé
en pleurant pour venir se faire rassurer. Et puis tout d’un coup, sans
qu’on comprenne ni pourquoi ni comment, elle se retrouve chez elle, en
larme, mais toujours sans sa cape. Là bien sûr, elle se lamente : elle
va se faire gronder…
Sa poupée se met tout à coup à parler : « Je veux
bien t’aider à retrouver ta cape mais il faut me prouver que tu es une
grande fille… Je vais te montrer des objets et tu devras me dire s’ils
sont pour les enfants ou les grands ». Suit une liste d’objets
hétéroclites à classer : fer à repasser, corde à sauter, petites
voitures, eau de javel, ciseaux etc… que la petite fille classe sans
erreur, avec l’aide des enfants de la salle. (Je n’étais pas toujours
d’accord avec le classement, mais c’est une autre histoire).
Du coup,
la poupée propose de prendre deux lutins en otage pour leur extorquer
la cape. Elles piègent donc le lutin du feu et celui de l’eau. Ceux-ci
appelent leurs amis à l’aide et les supplient de ramener la cape. Ce
qui est fait. A la fin, tout le monde s’embrasse, la petite fille, la
poupée et les lutins. Puis le papa rentre et Agathe (c’est son nom) va
au carnaval sans être punie…
Ce qui me choque, en plus des incohérences et du style décousu du spectacle (car comment des gens -lutins de surcroit- à qui on extorque quelque chose par la force, pourraient être tout heureux à la fin de l’histoire et embrasser de bon cœur leurs bourreaux d’il y a cinq minutes… ?) c’est la morale qui ressort :
- il est interdit de monter
sur les chaises ( ? C’est pourtant un jeu rigolo, et pas tellement plus
dangereux que la corde à sauter avec laquelle on peut s’étrangler, si
on veut aller par là…)
- il est interdit de jouer avec des ciseaux (pas chez nous… sinon,
comment on apprend à s’en servir ?)
- il est autorisé de mentir (par omission, en cachant qu’on a désobéit)
- il est autorisé de violenter des lutins, de les faire prisonniers
pour récupérer son bien, au lieu de s’excuser d’avoir désobéi…
- il est
autorisé de manipuler les autres et de ne pas assumer les conséquences de ses erreurs et/ou bêtises
- …
Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me choque !