mardi 27 janvier 2009
Aller de l'avant
Je ne sais pas encore ce que je vais mettre derrière ce titre. Le titre est venu, tout seul, sous mes doigts... C'est parce qu'en ce moment, j'ai l'impression très nette, pour la première fois de ma vie, d'aller absolument à l'aveuglette, mais pour autant, sans trop de crainte, vers l'avant.
J'avais, depuis l'enfance, un destin tout tracé. Je savais ce que je voulais, je suis allée droit au but. Des études qu'on pourrait qualifier de réussies, un concours obtenu du premier coup, un diplôme d'enseignement à 23 ans, un métier, donc, puis rapidement après un compagnon, une maison, un enfant...
Voilà, j'étais pour ainsi dire arrivée. Du moins, arrivée aux objectifs premiers que je m'étais fixés.
Et après ... ?
Après, une deuxième grossesse, ce blog, des questions nouvelles, du temps pour redéfinir des projets, faire émerger les rêves qui n'avaient pas eu leur chance dans la première partie de ma vie...
Des rêves qui prennent forme lentement. Des rêves qui me surprennent par leur manque de netteté... Je n'ai jamais eu des rêves flous... mes envies étaient ciselées au laser, jusqu'à présent.
Alors que là, je veux danser... Cela, au moins, paraît très simple et clair. Mais encore ? Mais comment ? Mais avec qui et pourquoi ?
Tout cela, je ne sais pas.
Je veux danser. Le plus possible. En tous lieux. Sans forme imposée, justement. Je ne veux plus m'enfermer, pour l'instant, dans des formes figées qui, si elles ont le mérite de me rassurer, ont aussi celui plus insidieux de me couper de mon ressenti. (et cela n'est peut-être pas un hasard si cela est rassurant !)
Je veux danser donc.
Donc, je danse. Je danse chaque fois que j'en ai l'occasion. A la maison, avec mes enfants.
Je prends des stages, assez régulièrement. (pour ceux qui ont suivi l'épisode où je m'interrogeais sur comment concilier convictions écologiques et besoin d'aller à la "capitale" (Rennes) pour danser, c'est ainsi que j'ai résolu la quadrature du cercle : je me déplace moins, mais pour plus longtemps). Je vais en proposer aussi. Et puis, je danse avec des gens, je monte un petit duo avec une copine, je travaille avec d'autres danseurs sans qu'aucun de nous ne sache où cela nous mènera... et peu importe. La seule chose un peu claire, c'est l'envie d'aller apporter la danse dans la rue.
Pour la première fois, je prends conscience, dans ma chair, que ce qui compte, c'est le chemin. Je danse, alors à quoi bon savoir déjà ce que cela donnera dans trois ans ? Pour autant, je ne reste pas sans rien faire, je lance des fils, je tends des perches, j'essaie d'en attraper et on verra bien ce qui viendra à moi, ce que la vie me proposera.
En attendant, c'est si bon d'être en chemin... surtout en dansant !
dimanche 21 septembre 2008
Réflexions sur le manque de temps
Les Africains ont le temps et les occidentaux ont l'heure... paraît-il. A tout prendre, je préférerais ne pas avoir l'heure, mais avoir du temps. Or, le temps est devenu un luxe inouï de nos jours, pour nombre d'entre nous, qui passons nos journées à courir après la montre... et non pas après le temps, puisque, jusqu'à preuve du contraire, les journées font vingt quatre heures pour tout le monde... Mais nous croyons tout de même manquer de temps et ce manque de temps cause des ravages : écologiques, psychologiques, physiologiques...
Physiologiques parce que le stress et le manque de temps nous font rogner sur les heures de sommeil, nous font avaler des repas en quatrième vitesse, ou manger des sandwichs ou des « nouilles steak » vite préparés, nous font courir toute la journée, nous font zapper la sieste qui nous remettrait les idées en place et qu'au bout d'un moment, le système se met à fonctionner de travers. Comme une machine qui n'est pas entretenue, le moteur surchauffe, les engrenages manquent d'huile, ça coince, ça tire, ça déraille et ça finit par casser... Notre organisme a besoin de temps de pause, de relâche. Il a besoin qu'on prenne soin de lui, qu'on ne le soumette pas à une pression permanente. Le stress l'agresse et rien ne vient permettre une saine récupération.
Écologique
ensuite parce que c'est à cause de ce fichu prétendu
manque de temps que nous faisons n'importe quoi : nous prenons la
voiture pour nous déplacer, parce qu'il faut arriver vite,
repartir vite, passer à autre chose vite au lieu de nous
déplacer en vélo, à pied, à cheval, en
diligence, que sais-je encore. Parce que nous choisissons trop
souvent les solutions de « facilité »
qui en tout cas s'achètent rapidement pour résoudre un
certain nombre de nos problèmes et faire face à
l'immense majorité de nos besoins. Plats tout prêts au
lieu de cuisiner. Médicaments produits à grand renfort
de chimie contre le mal de crâne (soulagement immédiat)
quand la solution serait d'aller s'allonger deux heures ou de prendre
des vacances. Objets manufacturés et achetés en grande
quantité au supermarché du coin quand il faut offrir
un cadeau à un proche (c'est sûr que le temps que vous
appreniez à tricoter et que vous finissiez ce pull, il va se
passer quelques semaines ou quelques mois...), robots ménager
pour faire le travail à notre place, fromage acheté
préemballé dans sa barquette en poly-plastique parce
qu'on n'a pas le temps de faire la queue, j'en passe et des
meilleures. Une vie plus lente, plus calme, nous laisserait le temps
de mesurer l'impact de nos actes sur l'environnement, nous
permettrait d'être plus en adéquation avec notre
planète, nous permettrait, aussi, de nous souvenir que nous ne
sommes pas simplement en visite sur la Terre, mais que nous faisons
partie intégrante d'un système complexe et qui nous
dépasse et que si une partie de ce système se met à
dérailler, c'est tout le système qui en pâtit...
et ça nous retombe dessus, puisque nous sommes le système.
Psychologiques enfin parce que pendant que nous courons après le temps, nous en oublions de vivre. La vie, c'est pour quand la déclaration d'impôts sera terminée, ou quand les enfants seront couchés ou pour quand le linge sera étendu et le dossier urgent truc bouclé... Et pendant que nous nous dépêchons de faire tout cela, de rentrer à la maison, de presser la purée, de faire un bisou aux enfants pour ne pas rater le début du film, pendant que nous nous dépêchons de nous promener ou même de faire l'amour nous ne profitons de rien. Et une fois tout cela fait, il reste si peu de temps !!!
Je me surprends encore régulièrement à aller me promener avec les enfants parce qu'ils veulent sortir et me trouver à leur dire sans arrêt, allez, on avance, on avance... Mais pour aller où ? ... Et pour faire quoi après ? C'est là qu'ils sont, eux, dans l'ici et maintenant, alors que moi je suis toujours à penser à après, quand je serai ailleurs, quand je serai là où je voudrais être maintenant... Du coup, je me gâche le plaisir, je leur gâche le plaisir et quand on est rentrés bien vite on enchaîne sur la course pour faire le repas vite (ça revient souvent, les repas, si en plus on y passe des heures !), la course pour débarrasser, la course pour .... STOP!!!!
Quand je me vois, quand j'arrive à prendre assez de recul pour m'observer, j'hésite entre le rire et les larmes. Cela a un côté si pathétique... Allez, dépêchons-nous de vivre... pour mourir plus vite ? Mais à courir tout le temps, on n'est jamais dans la vie. On n'est jamais à profiter de rien. Or, les « corvées » quoiqu'on en pense et quelque soit l'organisation rationnelle qu'on instaure, font partie de la vie et sont même une très grande partie de la vie. Alors, faut-il se mettre en apnée tous les jours, plusieurs heures par jour en espérant pouvoir profiter plus tard ? Je rentre à pied de l'école (qui est aussi mon lieu de travail) et souvent... je rentre vite. Pourtant, la balade est sympa, je passe le long de champs, sous des chênes magnifiques, je pourrais m'arrêter pour cueillir quelques mûres, ramasser des châtaignes (les premières commencent à mûrir) ... je pourrais en profiter là, tout de suite, au lieu d'attendre d'être chez moi... Parfois, j'y arrive, mais dans les périodes de rush, où je crois avoir cent mille choses indispensables à faire... j'oublie.
Gandhi aurait dit, un matin avant une journée particulièrement chargée : « j'ai tellement de choses à faire, il faut que je médite encore plus »... C'est si facile de se laisser emporter par le tourbillon... il faut une grande force de caractère pour résister. Et puis, tout est fait pour nous faciliter la vitesse ! Tout est fait pour nous faire croire que vite, c'est mieux. Les robots ménager, pour en revenir à eux, râpent votre carotte bien plus vite que si vous le faisiez à la main, nous sommes tous d'accord là dessus. Mais il faut trois fois plus de temps pour les démonter, laver, remonter que pour laver une petite râpe. Alors à moins d'avoir une armée à nourrir, cela en vaut-il vraiment la peine ? Et est-ce vraiment mieux que les choses soient faites vite ? Notre rapport au temps est complètement perverti. On veut une carotte, on va l'acheter. Hop, ni une ni deux, c'est fait. Depuis que je jardine, je me rends compte que ce rapport au temps est modifié : si je veux une carotte, il faut d'abord que j'attende la bonne saison pour la semer. Puis que j'attende encore deux mois qu'elle daigne pousser. Et au bout du compte, j'aurai peut-être une carotte, mais peut-être pas. Elle sera peut-être grosse, peut-être minuscule, ou biscornue, ou à moitié mangée par un vers ou un mulot... Mais entre temps, en attendant ma carotte, je l'aurai regardée pousser, j'aurai pris du plaisir à la semer (sauf si ce jour là il fallait semer vite pour faire autre chose après !) et elle aura un goût incomparable !
Alors, ce manque
de temps, il faut l'analyser. Est-il vraiment réel ? Toutes
les mères de familles connaissent plus ou moins ce marathon du
soir, qui commence vers 18h et où il faut enchaîner
l'éventuelle surveillance des devoirs, le repas à
préparer, les toilettes à faire, les cartables à
vérifier, le repas à prendre, les dents à
brosser, les pyjamas à enfiler, l'histoire à lire... et
tout ça en temps limité pour que les enfants ne soient
pas couchés trop tard ! Quel stress ! Difficile de faire
passer ces choses-là à la trappe... La plupart d'entre
nous avons des échéances, des dates limites, des choses
à faire dans des temps limités... Source de stress et
de calculs frénétiques sur comment on va faire pour réaliser tout ça dans les temps, etc. De même, au travail, ce sont souvent des délais impossibles à tenir, des engagements qui nous étranglent... Alors ? Alors, difficile de lutter. Mais un tout petit changement d'optique peut aider, au moins dans certaines situations.
Puisqu'il faut
cuisiner, autant en profiter pour cuisiner... puisqu'il faut
débarrasser, peut-on imaginer le faire avec plaisir ?
Tranquillement ? Peut-on aussi accepter le fait que les échéances sont parfois trop courtes, et donc qu'immanquablement on va "rater"... du coup, peut-on réussir à ne pas s'en vouloir, ne pas se flageller parce que nous sommes simplement des humains et pas des machines ?
En fait, la vraie question est peut-être : peut-on ralentir dans sa tête ? Peut-on, au moins de temps en temps, laisser tomber la montre, les horaires, les timing, les courses contre le temps ? Si la réponse est oui, alors vous avez tout gagné. Et vous serez étonnés du nombre de chose qu'on peut vivre (et non pas faire) en un quart d'heure quand on est détendu.
dimanche 18 mai 2008
Réagir à la violence
Comment définir la violence ? Où commence-t-elle ? Nous avons des tolérances très variables par rapport à ce que nous considérons comme agressif ou violent. Je sais par exemple que j'accepte de la part de mes élèves beaucoup de propos qui choquent certains de mes collègues. Ceci dit, il y a d'autres types de violence qui vont particulièrement me choquer moi, et qui ne dérangeront peut-être pas ces mêmes collègues.
Est violent, selon moi, toute phrase qui commence par « tu ». Comme le rappelait Jacques Salomé il me semble (je peux me tromper), le « tu tue ». Même si l'on pense être gentil, dire « tu es ceci, tu penses cela », c'est prendre à l'autre sa place unique. C'est le priver de sa parole, de son être. C'est prétendre savoir pour lui ce qu'il pense, ce qu'il est, ce qu'il fait. Or, nous ne savons déjà pas souvent nous-mêmes ce que nous pensons, sommes... alors les autres, pfuui... Donc, pas de « TU ».
Est violent, selon moi, toute façon qui tente de faire comprendre à l'autre qu'on a raison et qu'il a tort. Nous avons le droit d'avoir un avis différent... de le garder, sans pour autant en conclure que l'autre a tort. Et encore moins penser que s'il a tort, il est forcément con.... (sinon, il penserait comme nous, tiens!)
Est violente l'ironie mordante faite à l'encontre d'une personne. « Rire avec », c'est drôle, « rire de », c'est moins drôle. Enfin, en tout cas, ça ne me fait pas rire. Bien sûr, j'entends que ça puisse soulager de voir l'arroseur arrosé, mais a-t-on fait avancer le débat ?
Lorsque l'on se sent agressé, qu'on est blessé, il est vraiment tentant de répondre par la violence. Dans ce cas-là, pourquoi en pas laisser passer un petit moment avant de répondre?
Ensuite, on peut parler de soi,
de son ressenti. Dire « quand tu as écrit ou dit telle ou
telle chose, j'ai ressenti telle ou telle chose... » c'est
autre chose que de dire « ce que tu as dit était
insultant »... On ne sait pas toujours quelle est
l'intention de celui qui écrit... Peut-être n'a-t-il pas
voulu être insultant. Pourtant, on a le droit quand même
d'avoir été blessé...
Mais « œil pour œil, dent pour dent et le monde finira aveugle et édenté... » (Gandhi)
dimanche 13 avril 2008
La vie est un cahier de brouillon
Par Laurence
Je voulais appeler cet article "La vie est motion" en référence à Isabelle Filliozat parce que cette phrase définit également le fait que, malgré notre volonté de tout classifier, étiqueter, contrôler et organiser, nous ne pouvons que nous soumettre aux aléas de la Nature ou aux évolutions de notre fonctionnement intérieur.
J'ai commencé, je le suppose, à me poser des questions un quart d'heure après ma naissance... et je soupçonne mon cerveau d'être partiellement vide pour laisser place à toutes ces interrogations perpétuelles qui m'assaillent quotidiennement. Je ne sais si l'affaire est génétique mais lorsque j'entends mes enfants me demander "quel âge a Dieu?" ou "Il y a quoi au delà du Temps?", je me dis que de longues soirées de questionnement existentiel m'attendent encore longtemps au coin du feu...
Depuis 32 ans que je traine ma carcasse dans ce bas-monde, je suis, comme je le dis dans mon portrait, "chercheuse en vie simple et tourneuse en rond". Pendant très longtemps, j'ai cru que le plaisir, la sérénité, le bonheur, la jouissance, la forme la plus pure de vie et d'extase ne pouvaient intervenir que lorsque TOUT serait ABSOLUMENT PARFAIT. Je mets ces trois mots en majuscule pour insister sur leur caractère intrinsèque. Chacun se lit à la fois séparément et dans cet ensemble de la sainte trinité...
TOUT : chaque détail, chaque recoin matériel ou immatériel, c'est à dire, chaque coin de l'endroit où je vis, chaque parcelle de mon corps et de mon esprit, chaque onde ou énergie me pénétrant et m'entourant.
ABSOLUMENT : complètement, entièrement, foncièrement, totalement (définition du Petit Robert)
PARFAIT : tel qu'on ne puisse rien concevoir de mieux
C'est ainsi que petite, je rangeais ma chambre parfaitement avant de jouer et que j'établissais régulièrement des programmes pour devenir meilleure : planning sur la semaine pour perdre des mauvaises habitudes ou devenir la fille que ma mère aurait voulu avoir. Il m'arrivait souvent aussi de vider l'intégralité de mes placards au centre de ma chambre pour remettre ensuite à sa juste place chaque objet, livre, jouet ou vêtement sélectionné avec attention et respect. Parallèlement j'avais une imagination extraordinairement débordante, qui me permettait d'évoluer dans mon monde parfait où je me réfugiais quand mon quotidien était trop pénible. A l'abri de la violence de ma mère, je pouvais imaginer l'adulte parfait que j'allais devenir. J'étais déjà bohème et sensible aux grandes causes, je m'imaginais dans des situations où je pourrais sauver une partie du monde, je construisais ma maison idéale en feuilletant les magazines chez une amie de ma mère, et j'imaginais aussi être la mère parfaite que ma mère n'était pas.
Les troubles alimentaires, la constipation chronique, les règles tardives, très irrégulières et douloureuses, l'obsession de la propreté corporelle sont venus, plus tard, tenter de contrôler ce corps imparfait qui se permettait de produire tant d'imperfections : graisse, selles, sang , sueur... Premier hic dans les rouages de ma machine, première impossibilité à maitriser les motions de la vie.
Découvertes des rapports humains avec les errances adolescentes. Jalousie, incompréhensions, colère, sentiment d'impuissance, dépendances... Deuxième hic : les gens sont des éléments imparfaits avec qui il est impossible d'avoir une relation pure et complète.
Amour, passion, mariage. Le retour au ventre maternel, à l'union parfaite de deux êtres en complétude, à l'état originel de fusion est impossible. Il faut apprendre à vivre avec cet autre qui ne sera jamais moi et qui n'évolue pas à la même vitesse ni dans la même direction. Le couple est cette association étrange de deux plaques tectoniques que je tente vainement de coller l'une à l'autre, il me faudra accepter que c'est dans cet espace d'imperfections et de différence que chacun peut se développer personnellement et se sentir soutenu sans être emprisonné.
Puis la maternité venant un temps combler mon ventre vide et créer la perfection. Harmonie, symphonie des désirs et des sentiments, passion commune, je grandis dans son regard au fur et à mesure qu'elle ouvre mes bras pour chercher Ailleurs. Cacophonie des 2 ans, nos instruments ne sont plus accordés et je ne comprends plus rien à ce petit bout de bonne femme qui affirme du haut de ses 80 centimètres son droit à disposer d'elle-même! Arrivée du petit frère, illustre inconnu dont je ne comprends pas les besoins et qui restera très longtemps "mon adorable énigme". Troisième hic : je ne serai jamais une mère parfaite. Mes enfants me bousculent, il faudra apprendre à leur contact combien c'est dans l'imperfection qu'ils m'aiment, combien on peut pardonner ses erreurs à quelqu'un qui cherche, qui se remet en question et qui essaie encore. Ils m'apprendront à aimer le désordre, les imprévus et les jours de pluie. Ils me montreront comment on peut se suffire de quatre pieux et d'un vieux drap pour se confectionner un tipi quand je voulais leur construire une cabane parfaite. Ils me déculpabiliseront de ne pas les habiller avec des tenues parfaites en me montrant qu'un pantalon sert surtout à ne pas trop s'écorcher les genoux quand on grimpe aux arbres. Et ils sauront me donner ce que je n'avais pas réussi à recevoir avant eux : la tolérance et l'humilité. "Je ne suis pas la meilleure des mamans" (moi) "Non, mais tu fais de ton mieux et c'est déjà pas mal" (ma fille, 7.5 ans)
Et enfin cette maison, cette fichue maison pour laquelle il nous aura fallu 5 ans de rénovation (et encore juste l'intérieur). Une maison imparfaite, avec des murs bancals et pièces impossibles à décorer comme je l'aurais souhaité, faute de moyens et de temps. Elle m'a appris la patience, et surtout elle m'a montré qu'on pouvait vivre heureux dans un univers en attente et en perpétuel mouvement... Que de plaisirs partagés avec les enfants plutôt que de peaufiner ce papier peint ou poncer cette plinthe à la lime à ongle... Que de barbecues improvisés sur un demi bidon en fer plutôt que dans cette cuisine d'été si lisse, découpée dans un magazine et soigneusement classée parmi les autres projets déco parfaits... Que de siestes délicieuses sur le vieux canapé tâché et défoncé en attendant le sofa parfait...
Bref, la notion de perfection me quitte un peu plus chaque jour et je profite de ce joyeux bordel parce qu'il me permet de recomposer en permanence, d'effacer, de recommencer comme sur un cahier de brouillon. Griffonner dans un coin, s'essayer aux pastels, raturer, écrire un texte d'une seule traite, y coller un morceau de tissu ou un ticket de bus, le brûler... Ma vie, mon merveilleux cahier de brouillon.
jeudi 17 janvier 2008
Ce que dit le corps...
Lors d'un article récent sur la nourriture, j'avais abordé la question de ce que le corps peut dire de ses besoins... et du besoin d'apprendre à « écouter son corps. » . Je voudrais essayer d'approfondir ce que j'ai compris et vécu avec mon corps....
Écouter ou plutôt entendre les sensations de faim, de
soif... tout le monde peut le faire. Les boulimiques aussi, je pense. Sans être
boulimique, j'ai eu des périodes où je mangeais
systématiquement trop. Non pas parce que je ne savais plus
quand il fallait s'arrêter, mais bien parce que j'ignorais
volontairement les signaux de mon corps pour répondre, si l'on
peut dire, à une nécessité supérieure,
venue de la tête, (du psychisme, de l'inconscient, je ne sais
pas comment on peut dire ça) qui me commandait de manger pour
simplement ne pas penser.
A force de ne pas vouloir entendre les
signaux que lance notre corps, on va l'abîmer. En gros, il va
lancer d'autres signes, plus forts, pour signaler qu'il y a
dysfonctionnement. C'est là que la maladie arrive. La maladie
vient nous sauver de nous même, nous interroger sur la façon
dont nous vivons, sur ce que nous ne voulons pas entendre. Elle est
peut-être la partie saine de nous qui nous indique la voie à
suivre, qui nous montre où ça coince. Certains
prétendent qu'on peut relier chaque maladie à un état
psychique particulier. Par exemple, les maladies du système
respiratoire toucheraient les gens qui étouffent, à qui
on pompe l'air, etc... Les maux de dos arrivent aux gens qui en ont
plein le dos, qui portent le monde sur leurs épaules. Sans
vouloir systématiser tout cela, aller chercher les éventuelles
symboliques d'une maladie peut nous mettre sur une voie intéressante
pour accélérer les processus de guérison.
Avant d'être malade, ceci dit, il
y a d'autres moyens d'aider son corps. J'en ai personnellement
découvert deux qui m'ont fort étonnée et fait
beaucoup de bien.
Tout d'abord, suite à un
accident il y a quelques année, j'ai fait un travail de longue
haleine avec une kiné qui utilisait, parmi de nombreuses
techniques, un peu de PNL et des techniques psycho-corporelles ... Il
m'est arrivée, à quelques reprises, lors de massages
qu'elle me faisait, de voir remonter des souvenirs violents et/ou
douloureux que j'avais complètement enfouis. D'un coup, ça
remontait comme des bulles du fond de la vase et ça venait
éclore à la surface de ma conscience, pour être
traité et enfin soigné. Parce qu'elle proposait un
cadre rassurant et que son travail permettait au corps de faire
remonter les souvenirs... parce que j'étais peut-être à
nouveau en capacité de gérer, d'affronter et de régler
ce qui m'avait fait trop souffrir pour que je puisse seulement m'en
souvenir, alors ça venait. C'était très
surprenant pour moi. J'avais déjà, à cette
époque, entamé un long travail psychanalytique où
j'allais pécher les souvenirs, où je creusais en moi...
Là, je n'avais rien demandé et ça revenait...
Il m'est arrivé un peu la même
chose lors d'un atelier de danse des cinq rythmes, récemment.
(Petite parenthèse, voici comment Déborah Bacon, élève
de Gabrielle Roth, la fondatrice de la danse des cinq rythmes,
explique ce que c'est : « C’est
un puissant outil de guérison des différentes
dimensions de l’être : corps, cœur, mental, âme
et esprit.
Cette
pratique psycho-corporelle passe d’abord par le corps ; les
prises de conscience jaillissent comme autant de fruits grâce
au plongeon dans la danse, dans le corps, dans l’instant. Nous
explorons les cinq rythmes : fluide, staccato, chaos, lyrique et
quiétude - cinq dimensions de nous-mêmes, cinq
univers, chacun avec son énergie, ses enseignements et sa
spécificité.
Les
5 Rythmes s’enchaînent et se suivent naturellement,
créant une vague énergétique qui nous fait
voyager à travers différents espaces en nous-mêmes
et dans la rencontre avec d’autres.
Le
fluide nous enseigne l’enracinement, la réceptivité
et nous permet de nous ancrer dans le corps. Dans le staccato,
nous laissons monter l’énergie pour contacter la puissance,
le feu et la capacité à s’exprimer et se positionner.
Dans le chaos, on lâche la tête pour apprendre à
lâcher-prise. Avec le lyrique vient la créativité,
la légèreté et la liberté. On atterrit
dans la quiétude, plein et vide, le corps habité
et l’esprit calme. »)
L'objectif donc, est de permettre au corps de s'exprimer, sans laisser comme d'habitude, le mental le museler... Lorsque je laisse mon corps vivre, je découvre que je suis quelqu'un de fondamentalement joyeux... ce qui n'empêche pas que d'autres émotions, moins faciles à vivre, me traversent. Les exprimer par le mouvement et la danse au moment où elles passent, les vivre, permet de leur éviter de s'incruster. Et puis, oh surprise, on traverse des émotions que l'on ne reconnaît pas... ou dans lesquelles on n'ose généralement pas se laisser aller. Pour moi, c'est la colère. En dansant dans le cadre d'ateliers ou de stages de danse des cinq rythmes, je reconnecte cette colère en moi. Parfois aussi, des souvenirs reviennent, violemment, parce que là, ils peuvent être transformé, dansé, exprimés, mis en forme... en un mot, ils peuvent être vécus.
Le corps ne demande qu'à être écouté, il parle sans cesse mais nous n'y prêtons le plus souvent pas attention...
jeudi 22 novembre 2007
Dépendance et compensation
Où l'on reparle d'un thème qui nous est cher... (Déjà au moins deux articles sur le sujet: « Une semaine sans ? » de Cherry Plum et « Dépendances. » de moi... )
Bon, je reviens toujours aux mêmes questions, je sais... mais j'ai l'impression d'avoir un peu approfondi le sujet depuis la dernière fois, alors je vous livre mes dernières réflexions. Ce qui suit va peut-être vous paraître évident mais pour moi c'est un genre de révélation!
Voilà. Dans notre vie, nous avons tous des activités, manies, etc, qu'on pratique de façon plus ou moins compulsive. C'est à dire plus par habitude que par réel plaisir et plus pour fuir une angoisse que pour nous réaliser. Certains ne mangent qu'avec un réel plaisir alors que d'autres engloutissent pour remplir leur vide intérieur. Certains lisent pour se cultiver, d'autres pour ne pas se sentir exister. Certains font le ménage parce qu'il faut le faire, d'autres... vous voyez ce que je veux dire. Il s'agit, dans les deuxièmes cas, soit d'addictions et ou de troubles plus ou moins graves (toc etc), soit plus simplement de compensations. Ce n'est pas le type d'activité qui va définir si on est dans la compensation, c'est la façon dont on la pratique, l'état d'esprit dans lequel on est et ce à quoi ça nous sert.
Et la compensation... ça sert à compenser. Voilà ma révélation.(!!) C'est parce qu'on aura mangé sa tablette de chocolat avant de rentrer à la maison qu'on ne criera pas trop sur les mômes, c'est parce qu'on s'évadera en lisant des romans, qu'on pourra continuer à supporter l'insupportable de sa vie, c'est parce qu'on va se faire masser et qu'on va au sauna qu'on ne pète pas un câble au boulot... Le verre du vin du midi va rendre le début d'après-midi un peu moins glauque. Les cigarettes nous donnent une contenance lors d'interactions sociales où nous nous sentirions beaucoup plus mal à l'aise sans ce petit truc dans la main. Et les courses du samedi permettent de se sentir exister, d'occuper une partie du week-end (quoi faire d'autre avec des enfants!? Je blague, bien sûr.) et d'étaler son argent. Entre autre.
Donc, premier problème : compenser... nous permet de continuer cahin-caha, nous aide à vivre une vie qui n'est pas satisfaisante pour nous. Alors qu'il serait plus profitable de remédier à cet état de fait et d'enfin commencer à vivre la vie qui nous attend.
Le deuxième problème de ces compensations, c'est qu'elles tiennent de l'addiction. On ne peut pas s'en passer, et pour cause, on se casserait salement la figure vu que c'est ce qui nous fait tenir, d'une façon ou d'une autre...
Le troisième problème... c'est qu'elles sont socialement tellement acceptées, tellement normales, qu'on ne les considère pas comme des addictions ou des compensations. Quand j'explique que je lis tout le temps (cf dépendances) et que ça me pose un problème, les gens ne voient pas de quoi je parle. Moi je vois: ça me permet de ne pas penser, de ne pas éventuellement remettre en question... et puis, c'est tellement devenu une habitude qu'il n'y a parfois même plus vraiment de plaisir... Je ne dis pas que je voudrais arrêter de lire, j'aime vraiment ça, aussi, ce serait ridicule. Non, j'aimerais cesser de le faire par compensation. Le faire uniquement parce qu'un roman extraordinaire m'attend, ou un article passionnant qui va m'apporter quelque chose.
Que ces
compensations paraissent si bénignes, si normales, fait
qu'elles passent inaperçues. Or, impossible de remédier
à un problème tant qu'on n'en a pas pris conscience. Et
comme nous fonctionnons tous peu ou prou grâce à nos
multiples béquilles...
La question donc, que je me pose en ce
moment est la suivante: si on supprime (à condition d'y arriver, bien sûr...
et là, je n'ai pas de recette) ses addictions, j'imagine qu'on
doit passer par de très sales moments. Les dépendances ne sont pas là
pour rien... Mais j'imagine aussi que si on n'a plus les béquilles
qui nous permettent de supporter l'insupportable... alors on ne le
supporte plus. Et du coup, on a peut-être une chance, si on ne
sombre pas dans la dépression, ou peut-être si on y
sombre et qu'on en sort - de vraiment réussir à changer
pour une vie qui nous convienne. Une vie qui soit supportable telle
quelle. (Les choses se passent aussi dans l'autre sens : lorsque l'on
va de mieux en mieux et on se rend compte qu'on a de moins en moins
besoin de compensations.) Donc, si on veut changer de vie, faut-il commencer par supprimer tout ce qui nous aide à supporter cette vie ? Peut-être.
De plus, le but de la vie est peut-être de sortir de la dépendance (à un produit, à autrui, etc) pour arriver à l'interdépendance... Mais c'est un autre débat.
Je ne sais pas si j'ai été très claire... vous saurez me dire sinon !
samedi 30 décembre 2006
La CNV est-elle une technique de manipulation ?
En commentaire de l'article sur la Non Violence, Yaël met un
lien vers deux articles très intéressants qui mettent
en doute l'intérêt de cette technique de
communication... et de toutes les techniques en général.
Pour les auteurs,( je résume grossièrement) ce n'est
qu'un outil de manipulation de plus, qui encombre l'esprit et empêche
d'être vraiment à l'écoute de ses enfants. (Elles
en parlent dans la relation parent-enfant uniquement). Allez les lire ici : http://another-brick-in-the-wall.over-blog.com/article-4028185.html et là :
http://www.louves-online.org/articles.php?lng=fr&pg=77
Ca m'a laissée pensive. Soyons honnête : il vrai que cela peut être un outil de manipulation très efficace. C'est à dire que, comme tout outil à mon avis, il est neutre et c'est l'intention qu'on met dans son utilisation qui va amener un résultat qui lui ne sera pas neutre.
Prenez un marteau : ce n'est ni bien ni mal, un marteau. Avec, on peut enfoncer des clous ou défoncer des crânes. Le moindre objet banal peut se transformer en arme, que ce soit le rouleau à pâtisserie ou la corde à linge. De même, posséder une arme extrêmement dangereuse ne dit rien de l'utilisation qui va en être faite. On peut s'en servir simplement d'arme dissuasive ou en autodéfense...
A mon avis, c'est la même chose avec la communication non violente. D'ailleurs, les auteurs (Marshall Rosenberg dans « les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs » ou Adèle Faber et Elaine Mazlish dans « parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent ») mettent en garde contre la tentation de vouloir utiliser l'outil pour simplement mieux contraindre les autres, que ce soient nos enfants ou les adultes de notre entourage.
Je persiste à penser pour ma part, qu'il peut nous simplifier grandement la vie en nous donnant des moyens concrets d'écouter les autres, de les écouter vraiment.
En cas de crise, quand on est très en colère, se centrer sur soi, sur ses besoins, en un mot prendre un peu de recul peut sauver la mise, nous empêcher de dire ou faire des choses qu'on regretterait par la suite. La communication NonViolente permet ça. Pour moi, elle est avant tout un travail sur moi, sur mes relations aux autres. A mon sens, elle est un formidable outil d'évolution, qui me permet de mieux prendre l'autre en compte, de moins l'enfermer dans mon désir (qu'il soit ce que je veux qu'il soit et fasse ce que je veux qu'il fasse). Elle m'a permis d'entendre ce que je ne voulais pas entendre, y compris sur moi-même. Bien sûr, cela n'est que cela, un outil, et en aucun cas une fin...
On peut faire un rapprochement avec le yoga, la PNL ou toutes ces techniques puissantes qui ont pour vocation d'aider les individus qui les pratiquent à devenir plus libres, plus conscients... et qu'on finit à tort par assimiler aux mouvements sectaires qui les utilisent. Oui, la méditation, mal conduite, non accompagnée peut être dangereuse à fortiori quand elle est faite dans un objectif de coercition. Oui, la PNL est un formidable outil de lavage de cerveau si on souhaite l'utiliser ainsi... il n'en reste pas moins que ces techniques restent valables... utilisées de façon positive, pour la libération de l'être humain, pour son progrès et son harmonie... tout comme la communication non violente.
jeudi 21 décembre 2006
Squelette et carapace
C'est un concept que j'ai découvert je crois en lisant Bernard Werber (vous savez, le célèbre auteur des « Fourmis »). L'idée selon laquelle l'humanité se partage en deux types d'individus, ceux à squelettes internes, qui ont donc leurs os à l'intérieur de leur corps et une simple peau relativement fragile à l'extérieur et ceux à squelettes externes, autrement dit à carapaces, qui n'ont rien à l'intérieur qui les « tient » mais une peau très épaisse qui les protège des coups.
Caractéristiques de la carapace : rend relativement résistant aux faibles chocs, insensible aux égratignures, donne une apparence de solidité, de force ; sur le plan mental, les broutilles ne percent pas la carapace, les critiques légères rebondissent, mais aussi les petits plaisirs passent inaperçus, la gamme des émotions ressenties est réduite.... Par contre, si le choc est assez fort pour casser la carapace, c'est la catastrophe et le plus souvent la mort. Les organes, qui ne sont plus protégés sont très vulnérables, parfois c'est la carapace en cassant qui les perfore... Psychologiquement, c'est un peu la même chose. Les attaques qui parviennent à traverser la muraille qui protège l'individu sont dévastatrices.
Caractéristiques du squelette interne : la peau protégeant l'individu est fine et fragile ce qui fait qu'une ronce pourra l'égratigner, qu'un coup créera une bosse ou un bleu, un coup de froid l'enrhumera... Psychologiquement sensible, la personne dotée d'un squelette interne semble très vulnérable, facilement atteinte par les évènements qu'ils soient positifs ou négatifs... mais capable de s'en remettre car son squelette n'est pas touché et lui permet de tenir debout malgré tout. En cas de choc très important, il y aura de la casse, les os pourront être brisés, mais leur capacité à se réparer très conséquente autorisera la personne à se relever à plus ou moins long terme avec peu de séquelles le plus souvent.
On constate que souvent, les gens qui se cachent derrière d'épaisses carapaces sont ceux dont l'estime d'eux-même, la confiance sont les plus fragiles ou inexistantes. En l'absence de charpente, de squelette, on doit se protéger autrement.... Avec tous les dangers que cela comporte. A moins de ne trouver des solutions pour reconstruire ce squelette...
Le squelette se nourrit de l'amour qu'on se porte à soi-même et qu'on s'offre...
jeudi 14 décembre 2006
Qu'attendons-nous pour arrêter d'attendre ?
1ère façon d'attendre :
« Demain est un autre jour » nous disons-nous souvent quand ça ne va pas aujourd'hui... C'est certes vrai. Le problème, c'est que ce que nous vivons, c'est maintenant, tout de suite, là...
Ca va passer, ça ira mieux... et nous attendons avec impatience que ça passe.
Nous attendons que nos enfants dorment la nuit. Nous attendons qu'ils soient assez grands pour pouvoir faire ceci ou cela. Nous attendons d'avoir un salaire tout court, ou un salaire plus important avant d'aller à tel endroit. Nous attendons d'avoir perdu ces trois kilos avant d'acheter une robe dans laquelle nous nous sentons belle alors qu'il faudrait l'acheter maintenant... et peut-être que de nous aimer dans une belle robe nous aiderait à accepter, voire à perdre, ces fameux trois kilos. Nous attendons 18h30 pour faire à manger dans l'urgence alors qu'on aurait pu commencer tranquillement à 17h... Nous attendons d'avoir une heure devant nous avant de commencer un truc alors que parfois 15 minutes suffisent pour être content de soi. Nous attendons les vacances avec impatience pour commencer à revivre. Nous attendons la fin de la journée pour pouvoir nous détendre. Nous attendons que les enfants soient couchés pour pouvoir enfin se parler...
Bref, nous attendons dans l'espoir que plus tard sera plus propice. Mais quand ce plus tard arrive, nous sommes déjà en train d'attendre un autre meilleur moment... La minute, l'heure, le mois d'après...
Jamais
nous ne sommes dans l'instant (en tout cas, pas souvent!). Jamais
nous ne profitons à fond du moment présent. C'est
pourtant pas faute d'avoir vu et revu le « Cercle des
poètes disparus » et lu et relu Ronsart... entre
« Carpe Diem » et « Mignonne allons
voir si la rose... »
2ème façon d'attendre :
Plus pernicieuse, celle-là, on en prend moins facilement conscience. C'est attendre des autres que... Je ne sais pas si ça vous fait ça, mais souvent, quand on va quelque part, qu'on rencontre quelqu'un, on s'attend à quelque chose. On a une idée de la manière dont les choses vont se dérouler, ou du moins de la manière dont on aimerait qu'elles se déroulent. Et bing, si c'est pas tout à fait ça qui arrive (et ça ne peut jamais être tout à fait ça...) on est déçu, et la déception nous empêche complètement d'apprécier ce qui existe à la place de ce qu'on souhaitait.
Parfois, c'est carrément notre attitude d'attente qui fait que ce qu'on souhaite tellement n'arrive pas.
Attendre des autres qu'ils soient ceci ou cela, qu'ils agissent de telle ou telle façon, même si on ne l'exprime pas est une attitude violente. Envers eux, car ils ne sont plus libre d'être ce qu'ils sont, envers nous-même car nous allons forcément être déçus, envers la relation car cela la met furieusement en péril...
Pourtant, il est bien difficile de ne rien attendre. Nous attendons de nos amis qu'ils appellent de temps en temps et au moins pour notre anniversaire ! Nous attendons de notre conjoint qu'il soit attentif à nous, nos désirs et états d'âme. Nous attendons des voisins d'en face qu'ils nous retournent l'invitation car c'est comme cela que « ça se fait ». Et nous attendons du père Noël qu'il n'oublie pas notre petit soulier...
Comment arrêter d'attendre des autres ? Je ne sais pas, je commence tout juste à avancer sur ce chemin. Je pense que la première chose à faire est de mettre au clair ce qu'on attend exactement, et quels besoins profonds cela comblerait. Besoins de sécurité ? D'amour ? De reconnaissance ? (Autres ? La liste est longue...) Déjà, cette première étape est sacrément coton. La deuxième étape serait d'essayer de nous donner à nous-même ce dont on manque le plus. S'aimer soi-même, s'estimer soi-même... Pas très simple non plus, hein ? La troisième étape pourrait être de faire des demandes claires aux autres (ça ressemble un peu aux principes de la Communication NonViolente tout ça !) afin qu'ils puissent choisir d'y répondre ou non... Rien de tel que les demandes implicites pour embrouiller les choses ! (Par exemple j'ai dit à mon père une année que j'apprécierais qu'il m'appelle pour mon anniversaire. Ça ne lui paraissait pas important donc il ne voyait pas l'intérêt de le faire. Maintenant, il le voit puisqu'il sait que ça me fait plaisir et il n'a pas oublié une seule fois...)
Et bien, avec tout ça, on a du pain sur la planche... Bonne journée et bon courage à vous (et à moi ! )
lundi 11 décembre 2006
Communication NonViolente
Je suis en train de lire « les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs » qui est le livre de référence, à ma connaissance, sur la Communication NonViolente. (ça s'écrit comme ça, en un seul mot, je ne sais pas pourquoi).
Les
principes en sont simples, voire simplistes... et pourtant d'une
puissance surprenante.
Par
contre, la mise en pratique de ces principes est vraiment, vraiment
difficile. Parce que c'est une autre façon
de parler, une autre façon de penser, et osons le dire, une
autre façon d'être...
Ces principes peuvent se résumer assez simplement. En situation de communication, il faut
Observer sans évaluer... or, nous sommes quasiment toujours dans le jugement...
Identifier et exprimer ses sentiments... encore quelque chose que nous n'avons jamais appris à faire !
Assumer la responsabilité de ses sentiments, c'est à dire bien comprendre que ce n'est pas « l'autre » qui nous a mis dans l'état dans lequel nous sommes, mais nos pensées face à cette situation.
Demander ce qui contribuerait à notre bien être. Il s'agit ici de faire des demandes à la fois concrètes et précises. Tout un art (que je suis loin de maîtriser!). Par exemple, ne pas dire à son conjoint « tu ne m'écoutes jamais » mais « je souhaiterais que tu t'assoies 10 minutes avec moi et que tu ne m'interrompes pas pendant que je te parle ».
Ensuite, il faut pouvoir écouter les autres c'est à dire, pour faire vite, être là... présent à ce qui se dit, réussir à décoder les besoins de l'autre pour ne pas se sentir attaqué par son éventuelle colère... Ce qui suppose auparavant de s'être occupé de ses propres besoins...
C'est un peu rapide comme résumé, mais je vous encourage vivement à lire ce livre... Demandez à vos bibliothèques de se le procurer, il est parfaitement indispensable !!!
Avec les enfants, on peut agir de la même façon. Par exemple, la serviette traîne dans la salle de bain. On peut au lieu de crier après le gamin qui l'a oublié, lui décrire la situation: « Je vois une serviette qui n'est pas à sa place ». Il y a des chances pour qu'il aille la ranger. Bien sûr, ce n'est pas efficace à 100%... mais c'est tout de même surprenant. On peut aussi informer l'enfant : « Les serviettes qui ne sont pas rangées sèchent mal et elles sentent mauvais. » Si on est en colère parce qu'elle est toujours là, on peut accepter de reconnaître que la colère nous appartient et informer l'enfant sans le juger « Quand je vois des serviettes qui traînent, je suis en colère car j'ai besoin d'ordre dans cette maison. » Ou « Je suis découragée parce que je passe beaucoup de temps à ranger et j'aurais besoin de voir que mon travail est respecté » ou « Je suis contrariée parce que je t'ai demandé plusieurs fois de ne pas laisser les serviettes par terre » ... Et faire une demande claire consisterait à dire : « quand tu as utilisé une serviette, je voudrais que tu la remettes à sa place »... en expliquant éventuellement le pourquoi...
Quand on est déjà dans la colère, une des solutions consiste à d'abord s'occuper de soi. Identifier son sentiment, essayer de comprendre pourquoi on en arrive à un tel degré d'énervement..., se calmer... Chercher le sentiment de l'autre personne peut aider à prendre du recul. Il est rare que les gens aient pour seul objectif dans la vie que de pourrir la votre... Souvent, ils sont motivés par des peurs, des colères, des besoins non assouvis...
Mais
je n'en suis qu'aux balbutiement concernant la Communication
NonViolente... C'est sûr que je vous en reparlerai plus tard,
quand j'aurais avancé sur ce chemin...
