Récemment, nous avons été interviewées par deux journalistes de magazines féminins. L'une d'entre elles m'a posé cette question : "Jusqu'où la Simplicité Volontaire vous a-t-elle amené que vous n'auriez jamais imaginé?" J'ai répondu deux choses :

- la première, sans hésiter, c'est à la descolarisation de mes enfants. C'est bien par volonté de vivre au plus près de la Nature, des rapports humains et des choses simples que nous avons décidé avec mon mari de retirer nos enfants de l'école pour les instruire en famille. Cependant, en SV, il est dangereux d'aller trop vite et il vaut mieux bien souvent répondre scrupuleusement à cet adage : "Il est urgent d'attendre". Tout ce que l'on précipite risque d'échouer. Il faut faire les choses non quand on les décide mais lorsque ce sont elles qui s'imposent à nous. Alors on évite la sortie de route comme ce fut le cas pour l'instruction en famille. Ce projet ne s'imposait que de notre côté. Notre fille, par contre, l'avait simplement décidé et non reçu comme une évidence. Elle a demandé à réintégrer l'école parce que, finalement, l'IEF lui compliquait davantage le coeur et la tête que la scolarisation et ses règles strictes. Je l'ai vécu comme un échec mais le temps et les réactions de mes proches m'ont appris qu'il s'agissait plutôt là d'une réussite.

- la deuxième chose à laquelle je ne pensais pas que la SV m'amènerait, c'est à ne plus supporter la belle et grande maison que nous rénovons depuis plus de 5 ans. Non, je n'imaginais pas qu'un jour je rêverais de déménager dans un habitat beaucoup plus petit et plus vide!
Alors même que les critères de réussite de notre société passent par les signes extérieurs de richesse (auxquels je n'ai jamais échappés), me voilà à espérer réduire durablement et volontairement la taille et le nombre de toutes choses qui m'entourent. Cela semble sûrement évident et anodin aux adeptes inconditionnels de la SV et aux écolos de longue date. Mais comprenez bien que pour une ex-consommatrice urbaine dans mon genre, il s'agit d'une révolution. Moi qui n'ait jamais travaillé que dans le but "glorieux" de m'acheter une "belle maison" remplie des meubles les plus soignés et parée des tapis les plus précieux, je me mets à surfer sur des sites internets de maisons bioclimatiques et autres "habitats plumes" comme les roulottes, les yourtes et les péniches. Plus sérieusement (quoique l'option "yourte" me revienne souvent à la bouche et à l'esprit), mon but aujourd'hui, après avoir vidé plus de la moitié de la maison de ses encombrants objets, m'incitant de fait, à me débarrasser de leurs contenants (meubles et consorts) est de jeter la maison elle-même.
Et ça, il y a quelques petites années, lorsque j'ai découvert la SV, je ne m'en serais jamais douté!
Cette maison, pour laquelle je me suis parfois saigné à blanc, pour laquelle j'ai investi de nombreux mois de rénovation, vers laquelle nos attentions et nos pensées se sont tournées pendant des années, nous empêchant parfois de nous occuper correctement de nos enfants, nous interdisant souvent les vacances bien méritées, nous bouffant toujours l'intégralité de nos économies, cette maison donc est devenue trop grande, trop haute (3 niveaux!), trop gourmande de temps et d'énergie. Contre toute attente, je rêve d'une immense pièce de vie rassemblant le minimum de meubles pour y vivre l'intégralité des activités (repas, détente, travail, repos...)

Je développe peu à peu une allergie aux objets. Pourtant, mes amis en sont témoins, c'est par mètres cubes que j'ai vidé ma maison. Je ne compte plus le nombre de tours effectués, coffre de voiture ouvert, à Emmaüs. Je ne compte plus le nombre d'objets vendus en vide-greniers ou sur internet ni le nombre de vêtements donnés aux copines ou aux oeuvres, le nombre de livres, de jouets, de matériels éducatifs cédés à l'école et aux crèches environnantes... Deux longues années de tri, de vente, de dons, de recyclage pour arriver, je le pensais, au minimum vital. Ce minimum est encore bien trop. Je le vois lorsque je lis des livres sur les nomades et je le sens surtout lorsque je calcule le temps que je passe à nettoyer et à dépoussiérer. Je le sens aussi dans mon coeur qui s'oppresse à la vue du "trop plein". Encore trop d'objets inutiles, encore trop de meubles presque vides, encore trop de pièces qui réclament "un petit coup de balai".
Les objets m'envahissent, leur vue seule vide mon énergie, quand la nature ou mes enfants m'en remplissent. Je saisis de plus en plus l'importance du "rien" et la nécessité de limiter ce poison insidieux et sournois qu'est le matériel. Une fois encore, il est urgent d'attendre et le déménagement dans la yourte n'est pas encore au programme mais je sens monter en moi le besoin de me détacher encore plus de ce qui m'entoure. Je vais re-commencer un tri sévère des objets, une vente rapide de meubles qui n'auront plus d'utilité une fois vidés de leur substance et peut-être qu'un jour, au matin, le désir se sera transformé en  évidence et il sera temps de pousser la porte d'une agence immobilière pour vendre avec plaisir cette maison choyée devenue trop grande pour nous.