La plupart des gens s'accordent pour dire qu'il leur est très difficile de supporter d'entendre pleurer un bébé. Il y a dans un cri de bébé toute la détresse du monde. Il faut à tout prix que cela s'arrête, il faut absolument trouver une façon de faire taire l'enfant pour que ça cesse... le plus vite possible. Certains donc, s'éloignent, ferment des portes, mettent de la distance et des murs entre eux et les pleurs... D'autres, (ou les mêmes, à d'autres moments) essayent de trouver ce qui ne va pas pour consoler ce petit être. D'autres parviennent à faire abstraction des pleurs, ou du moins donnent l'impression de le faire.

J'étais il y a quelques jours dans un supermarché et il y avait, justement, un bébé dans un caddie et une femme, que j'ai supposé être sa mère, à la caisse. Le marmot hurlait. Il devait avoir quelques semaines. Il pleurait tout ce qu'il pouvait et sa mère déchargeait son caddie. J'étais assez loin, je ne sais donc pas si elle lui parlait, si elle le rassurait de ses mots, tout ce que je sais c'est que le petit, à ce moment-là avait besoin d'autre chose que de mots. A un moment, elle avait finit de décharger ses courses et attendait je ne sais quoi... je me suis dit, c'est bon, elle va pouvoir le prendre dans ses bras... mais non, elle lui a très tendrement remis ses petits chaussons... Inutile de vous dire que ça ne l'a pas calmé non plus.

C'était tellement insoutenable pour moi que j'ai pris mes enfants sous le bras et j'ai planté là leur papa pour m'éloigner le plus possible; J'étais au bord des larmes, mes entrailles étaient en vrac, tout mon corps protestait contre ce hurlement. Si j'avais osé je serais allée chercher ce bébé et je l'aurais pris dans mes bras le temps que la mère vide son caddie... ou j'aurais proposé mon aide pour faire ce travail libérant ainsi les bras de la maman pour qu'elle console son bébé.

Je ne sais pas comment font ces gens pour pouvoir résister aux cris de leurs enfants. Car il faut bien qu'ils résistent, ils ne peuvent pas ne pas sentir la peur, la douleur de leurs enfants, si ? Si, je suppose que certains, trop endurcis par la fatigue, le stress, le manque de soin reçus eux-mêmes dans leur enfance, sont incapables de vraiment entendre les cris des enfants pour ce qu'ils sont : des appels à l'aide. Mais les autres ? Ceux qui entendent et n'agissent pas ? Quelle raison supérieure les pousse à ignorer les pleurs ?

Le regard des autres ou l'idée qu'on s'en fait...? Peut-être cette femme avait-elle peur d'indisposer les gens en vidant son caddie trop lentement, d'une seule main, si elle prenait son bébé dans ses bras.

L'idée qu'on se fait de ce qui est bien vu, ou bon pour nos enfants ? Parfois, les gens pensent qu'on attend d'eux qu'ils ne cèdent pas à leurs enfants... rappelez-vous, la grande guerre des adultes contre les enfants, ces enfants qui ont pour seul objectif dans la vie de vous bouffer tout cru. Dès leur naissance...

Parfois aussi, ils n'ont aucun moyen de calmer l'enfant, ou pensent n'en avoir aucun, alors ils n'essaient pas. Peut-être cette mère savait-elle que son enfant avait faim et s'il était nourri au biberon et qu'elle n'en avait pas sous la main...elle se retrouvait bien démunie. Ou si elle l'allaitait, elle n'a peut-être pas osé lui donner le sein, là, dans la queue... (Personnellement, je l'ai fait plusieurs fois... et je ne sais pas ce que les gens ont pensé s'ils en ont pensé quelque chose, c'était juste la chose à plus intelligente à faire à ce moment-là, même si ce n'était pas follement pratique et je ne me suis pas préoccupée de l'avis des autres !)

En tout cas, l'atmosphère du magasin s'en est trouvé transformée. Je pense que tout le monde réagit à un pleur d'enfant. Par de l'agacement, de la colère, de la tristesse, de l'angoisse, des gestes, des chants, des caresses, des cris... mais ça ne laisse personne indifférent. Et pour cause ! C'est conçu pour !

Si les pleurs d'enfant sont insupportables, c'est qu'on ne doit pas les supporter. C'est qu'on doit y remédier au plus vite. C'est que le besoin de l'enfant, à ce moment là, est primordial, urgent, vital. Et toutes nos cellules nous le rappellent à l'ordre. Malheureusement pour nous, et pour nos bébés, notre cerveau parvient souvent à prendre le pas sur le reste de notre être, et  même parfois à nous faire croire qu'il a raison contre notre instinct, nos savoirs ancestraux, notre connaissance intime de nos enfants.

Alors, par pitié pour ces petits, si un jour vous balancez entre votre tête et votre coeur, si vous ne savez plus si vous devez prendre votre bébé dans vos bras... n'écoutez que votre coeur... c'est lui qui a raison. C'est lui qui est branché sur votre enfant. C'est lui qui sait, votre tête, elle, pense savoir, aimerait savoir, écoute ce qu'on lui dit et voudrait bien faire... mais elle ne sait pas, elle ne sent pas.