Bio-Blog, chroniques de deux consommatrices repenties

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dimanche 22 octobre 2006

Les autres sont comme ils sont...

Et pas comme on voudrait qu'ils soient.

Nous voudrions que nos amis aillent toujours bien, qu'ils aient toujours le sourire et soient toujours disponibles pour nous, etc.
Nous voudrions que nos compagnes et compagnons aient un travail qui leur plaise et les épanouisse, qu'ils aient des relations satisfaisantes avec leur propres parents, qu'ils aillent bien et soient comme-ci ou comme ça, ou encore autrement...
Nous attendons de nos enfants qu'ils soient sages et bien-élevés ou au contraire vifs et malicieux ou les deux, qu'ils soient populaires, réussissent bien à l'école, ne répondent pas à la dame et soient spontanés mais pas trop. Qu'ils fassent nos nuits à deux mois, ne soient jamais malades, ne nous mettent pas en colère. Etc.
Nous attendons, espérons tellement des autres. Et surtout que rien dans leurs comportements, leurs paroles, ne vienne nous mettre en danger.

Cela nous empêche de les voir tels qu'ils sont, de les accepter comme ils sont.

Voire, même, cela nous amène à nier complètement leurs ressentis...

Une de mes amies, de 85 ans, est à l'hôpital depuis quelques jours. La vie a été dure pour elle,  et maintenant, elle, qui a toujours été très active est plus ou moins immobilisée. Elle est prête à mourir. Bien sûr, son entourage n'est pas prêt à ce qu'elle meure, ce qui se comprend. Et du coup, il est très difficile pour ses proches de l'entendre dire qu'elle va mourir. Ils la croient dans la plainte alors qu'elle exprime un fait... et un souhait. Du coup, au lieu d'entendre et d'accepter cela, d'écouter ses peurs, ses craintes, ses espérances... ils nient. « Mais non, tu ne vas pas mourir, regarde, tu te remets à toute vitesse. Allez, prends tes médicaments. »

C'est terrible pour elle. Quand elle s'inquiète des examens qu'on va lui faire subir ils lui répondent « Ne t'inquiète donc pas pour ça, c'est rien ! ». Comme si elle ne savait pas, à son âge, que ça ne sert à rien de s'inquiéter ! Du coup, en plus d'être inquiète, elle culpabilise parce qu'elle pense qu'elle est stupide d'être comme ça et elle s'excuse auprès de son entourage, cherchant leur approbation au moins sur un point : « Je suis bête de m'inquiéter pour ça... » Et elle l'obtient leur approbation ! Là, ils peuvent entendre et être d'accord, elle est bête de s'inquiéter pour ça ! Mais à son âge, on ne se refait pas...

Nier les émotions des autres quand elles nous perturbent, nous atteignent trop est une réponse simple et largement partagée. Il est toujours douloureux d'accepter que son enfant a peur de l'eau par exemple (on voudrait tellement qu'il y prenne plaisir... et que les autres parents admirent cet enfant si à l'aise), qu'il soit triste (allez, pleure pas, c'est rien !) en colère (je t'interdis de me répondre !) ou tout autre sentiment que nous jugeons négatif. Nous pouvons aussi nous sentir blessé par ce que dit l'autre. Il est tellement tentant de dire à un enfant qui nous attaque avec un : « t'es méchante maman » « non, je ne suis pas méchante »... Ce qui veut dire « tu n'as pas le droit de me trouver méchante, tu n'as pas le droit d'être en colère. » Même si ce n'est pas ça que vous aviez l'intention de dire, c'est le message qui a été reçu. Pourtant, tout cela fait partie de la vie et ce n'est pas parce que nous aurons choisi d'ignorer tel ou tel sentiment de notre enfant qu'il va disparaître. Ce n'est pas parce qu'un enfant ne pleure pas qu'il n'est pas triste. J'aurais même envie de dire, au contraire... Ce n'est pas parce qu'il ne fait pas de crises de rage qu'il n'est jamais en colère. Il a appris à cacher ou transformer ses sentiments, à les retourner contre lui ou à les étouffer... mais pas à les exprimer pour les laisser passer.

Une autre façon classique de faire taire les enfants quand leur douleur nous dérange trop (on le fait aussi avec nos amis, mais de façon plus subtile) est de tenter de détourner leur attention. On va proposer un gâteau, une promenade, un jeu... tout, plutôt que d'accompagner l'enfant dans ses pleurs, de le consoler et d'attendre tranquillement que ça passe...

Bien sûr, on peut aussi, avec les petits, interdire le comportement gênant, ou envoyer l'enfant ailleurs vivre ses émotions tout seul. « Va dans ta chambre, tu reviendras quand tu seras calmé. » Les parents qui tapent un enfant qui pleurnichent en lui disant « comme ça, tu sauras pourquoi tu pleures » devraient en fait dire « comme ça je saurai pourquoi tu pleures »...

Car ne rien pouvoir faire pour ses enfants, amis, parents dans la détresse est insupportable. Ne pas connaître la raison de leurs souffrances est aussi douloureux. Cela nous rend triste de voir que d'autres sont tristes, leur colère peut nous faire peur ou nous mettre mal à l'aise, etc, etc.
Quand ce sont des amis ou des adultes en général, on ne sait pas quoi répondre...

La solution, s'il y en a une, est d'écouter ce que ça nous fait, et d'accepter notre propre ressenti quand d'autres expriment des faits/émotions/sentiments/besoins qu'on voudrait bien ne pas les entendre exprimer. Et de se dire que celui en face de nous qui exprime un malaise, une souffrance n'attend pas de réponse de notre part, encore moins une solution. La solution est en lui et il le sait. Non, il attend juste d'être entendu dans ce qu'il est, dans ce qu'il ressent, dans ce qu'il dit.

Si vraiment on ne sait pas quoi dire... il ne faut rien dire.

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