Voici bien un des maîtres-mots de notre société, un des guides de nos vies.

Nous ne voulons, pour la plupart, plus prendre le moindre risque, et si l’on en prend un, nous nous protégeons au maximum…

 Naître à l’hôpital, au cas où…
Etre fonctionnaire pour ne pas risquer de perdre son emploi
Trouver un mari ou une femme « sérieux »
Travailler dur, et beaucoup parce que c’est comme ça qu’on met toutes les chances de son côté
Etre raisonnable, sérieux, fiable, constant
Ne pas laisser les enfants monter les escaliers parce qu’ils pourraient tomber, ne pas les laisser courir, ou sauter parce qu’ils pourraient se faire mal
Prendre plein d’assurances pour ci, et ça, et des assurances vies au cas où on mourrait (comme si certains pouvaient y échapper !)
Ne pas autoriser les enfants à faire des gâteaux à l’école parce qu’on ne sait jamais, leurs mains pourraient être sales (en fait, ils ont droit de les faire, pas de les manger !)
Mettre des murs et des barrières partout, pour ne pas que les gens entrent, ou qu’ils sortent
Faire des études sérieuses pour avoir un travail sérieux
Faire des économies au cas où…
Prendre des médicaments trop forts et tout désinfecter pour être sûr d’éradiquer les microbes
Se faire vacciner - au cas où…

Bref, vous l’aurez compris, dans tous les domaines de nos vies, on surveille, on régente, on barricade, on protège, on réfléchit avant d’agir, on pondère, on pèse le pour et le contre, on se protège…
On se répète à l’envi que le risque zéro n’existe pas… pour mieux tenter d’y parvenir quand même.
Tout ceci n’a rien de ridicule et je suis la première à « faire attention » et à me protéger et à chercher une sécurité… illusoire.

 
Le problème, en faisant cela, c’est qu’on se protège aussi de la vie, sans pour autant, bien sûr, se protéger du seul vrai risque qui est de mourir sans avoir vécu.
Parce qu’au fond, notre vraie trouille, c’est la mort… Et s’en protéger ne sert à rien.
 Ça me fait penser à cette blague qui personnellement me fait beaucoup rire : c’est un homme qui se rend chez le médecin. Celui-ci lui apprend qu’il a une maladie incurable et encore quelques mois à vivre. Il lui prescrit un régime très strict : interdiction de faire trop d’exercice, de manger trop sucré, trop gras, trop salé, trop tout court, interdiction de fumer, de faire l’amour, etc…

- Et avec ça, je vais vivre plus longtemps ?

- Non, mais le temps vous paraîtra plus long ! »

 

Non seulement, en voulant nous protéger de tout nous nous empêchons de vivre, mais en plus nous nous mettons parfois encore plus en danger (antibactériens, vaccins…) et surtout, nous nous tuons à petit feu.
Nous sommes faits pour agir, nous sommes faits pour courir, danser, sauter, nager, jouer de la musique, faire du théâtre, que sais-je encore… La sécurité est une illusion : rien n’est sûr, tout peut basculer du jour au lendemain, une voiture peut nous faucher, nous pouvons perdre un être cher, un boulot « fiable », nous retrouver à la rue… Nous pouvons être quitté par notre mari ou notre femme, notre maison peut brûler…

 Plutôt que de chercher à être en sécurité, nous pourrions chercher à être en confiance. Avoir confiance dans des lendemains joyeux, avoir confiance dans nos ressources, nos capacités à rebondir, à nous adapter à des situations nouvelles, à faire face aux difficultés. Confiance en nos proches aussi, pour arrêter de les protéger d’eux-mêmes et de les prendre en main. Confiance en nous, enfin, en notre capacité à vivre, à vivre vraiment, à prendre des risques et à les assumer, à prendre enfin le risque de vivre ces rêves qui nous hantent et qui ne sont pas raisonnables…

 Car, ne l’oublions pas, c’est encore moins raisonnable de mourir sans avoir vécu…