Il y a quelques temps, quelqu'un nous a demandé si notre blog était un catalogue de bonnes résolutions.

Bonnes résolutions, je ne pense pas, dans la mesure où les résolutions sont ces objectifs hors d'atteinte que l'on s'empresse d'abandonner environ deux heures après les avoir évoqués.

Catalogue, oui sûrement puisque nous essayons de proposer des rubriques très variées et des sujets tous azimuts dans lesquels les écolos novices ou confirmés semblent se reconnaître.

Catalogue aussi, puisqu'un catalogue de donne pas son avis, n'essaie pas convaincre, se propose juste de dresser un constat et d'inviter à la réflexion. Je crois que nous touchons là l'essentiel de ce blog. S'il est vrai que nous soutenons parfois des thèses qui vous surprennent, s'il est juste que nous donnons notre avis sur des phénomènes de société, nous ne tentons pas pour autant de vous convaincre.

Ce blog est d'abord un espace de réflexion et d'interrogations. Nous croyons volontiers que si l'Homme est doté d'une conscience et du langage, c'est qu'il ne doit pas perpétuer un système sans chercher à l'ébranler. Mes chatons grandissent exactement comme leur mère a grandi : ils répètent les mêmes gestes, ils suivent le même instinct. Jamais je ne les ai vus tenter de marcher sur leurs deux pattes arrières "juste pour voir" ni râler parce que leur pâté a toujours le même goût...

C'est ce "juste pour voir" qui fait la différence entre les hommes et les animaux. Point d'envie ici de vous faire un cours de philo, mais la volonté de montrer que les interrogations sont une chance pour l'être humain qui peut ainsi faire évoluer sa condition.

Pourtant, c'est difficile de se poser des questions, de mettre en défaut un système qui ronronne et qui nous endort. C'est difficile surtout de prendre le recul nécessaire, la distance indispensable qui permet de réfléchir objectivement sur des choses que nous faisons tous les jours.

Prendre du recul, c'est sortir du champ et passer derrière la caméra. C'est sortir de soi-même pour remettre aussi en cause la façon dont on participe à ce système. Facile de porter un jugement ou d'entamer un débat respectueux mais vif sur un sujet qui nous est plutôt étranger (la peine de mort, le racisme, le gaspillage quand on est adepte de Simplicité Volontaire, la pollution quand on est écolo...) mais c'est beaucoup plus dur lorsqu'il s'agit de regarder aussi si nos modes de vie n'ont pas un impact négatif sur notre société.

Difficile parce que cela remet en cause notre légitimité sur cette terre, parce qu'à une époque où il faut absolument trouver un but à sa vie, une "raison de vivre", il est cruel de réaliser que parfois nos comportements sont des non-sens et que nous réagissons par habitude, éducation, répression, égoïsme, naïveté, mépris et j'en passe.

Nous sommes humains, soyons réalistes, nous sommes tous pétris de nos petitesses et de nos suffisances. Ce n'est pas grave. Mais il faut reconnaître que notre vie ne sert à rien d'autre qu'à perpétuer l'espèce et que c'est ce constat impossible à faire parce que trop absolu et désespérant, qui nous pousse à nous occuper sans cesse en travaillant, jouant, ripaillant...

C'est pourquoi certains choisissent des métiers de service ou d'éducation, sont membres d'association humanitaires ou sociales, pour se sentir utile. Avoir l'impression de servir à quelque chose, d'aider les autres, de participer à l'avancée du monde et au recul de la misère, justifient la présence de l'Homme sur terre. De fait, comme nous sommes persuadés d'exercer des métiers "utiles" et totalement dépourvus d'égoïsme, nous n'arrivons pas à réfléchir sur la façon dont nous exerçons ces métiers.

C'est ainsi que j'ai choqué beaucoup de personnel de l'enseignement lors de mes articles de réflexion sur le Homeschooling alors qu'Aspen et moi faisons également partie de l'enseignement.

C'est ainsi, qu'il y a quelques temps, j'ai blessé un ami éducateur lors d'une discussion sur la sociabilisation. Je tentais de réfléchir avec le plus d'objectivité possible à la façon dont les sociétés détruisent l'homme plus qu'elles ne le construisent. Je ne crachais pas dans la soupe, bien contente que je suis de pouvoir vivre dans une société, je ne donnais pas forcément de solutions, bien incapable que je suis de mettre en place des projets qui fonctionneraient pour des millions de personnes, je ne m'interrogeais que sur le lien possible entre certains agissements de nos pères (volontairement écrit comme ça) et les dérives que nous connaissons.

Le problème, c'est que mon ami a cru qu'en remettant en cause la société à laquelle nous participons tous les deux, je le remettais lui-même en cause, sur le plan personnel, et notamment dans sa fonction d'éducateur, d'homme "utile". Il a mélangé mes révoltes, mes interrogations, mes oppositions, mes ébranlements et son statut d'être humain. Je lui expliquais notamment que son métier et le mien (prof à domicile) n'avaient de réalité que dans une société qui était malade, car une société saine ne nécéssiterait pas de "rattrapeurs de conneries". Il s'est senti attaqué dans sa réalité car nous faisons souvent l'amalgamme entre nos actes (paroles, métier, activités culturelles ou sportives, apparence...) et ce que nous sommes profondément.

J'ai déjà dit ce que je pensais du système scolaire français. Pourtant mes deux enfants sont scolarisés.

J'ai déjà écrit sur la pollution du coton. Pourtant, 80% de mes vêtements en comportent.

J'ai déjà longuement écrit sur la Simplicité Volontaire. Pourtant, je cours en ce moment à la recherche de la commode la plus adaptée à ma chambre alors que ma vieille armoire retapée pourrait faire l'affaire.

Ce que j'essaie de vous dire ce matin, c'est que moi aussi je suis bourrée d'incohérences mais que cela ne m'empêche pas de prendre le recul suffisant pour réfléchir à d'autres solutions, à d'autres pistes de reflexion sur la vie et le monde. Vos commentaires me bousculent parfois, me rassurent souvent, me tiennent en alerte toujours.

Vivre d'une certaine façon n'empêche pas de la remettre en question, même si, souvent, il nous est impossible de changer radicalement de mode de vie, soit parce que c'est difficile matériellement, soit parce que cela nous demanderait de nous opposer à des gens que nous aimons ou à nous justifier, ce qui est trop compliqué.

C'est pourquoi, je continuerai à m'interroger sur le bien-fondé de l'école, de nos méthodes d'éducation occidentales, des comportements d'achat, de nos résistances psychologiques, de nos fidélités à de mauvaises habitudes, de nos lois et de nos règlements... Pas parce que je suis révoltée, mais parce que je suis soucieuse de ne jamais m'endormir et de ne jamais croire que j'ai raison.

Et aussi, (surtout?) parce que j'oserai toujours avouer que je suis égoïste, narcissique, trouillarde, intéressée, lâche, oublieuse, orgueilleuse, incohérente, démago, prétentieuse, humaine mais que cela n'est pas un frein pour agir et réagir.