Il y a quelques temps, j'ai décidé de moins manger parce que je sentais que l’excès de nourriture bien que n’apparaissant pas sur mes hanches, ne me faisait pas de bien.
Forcément, le simple fait d’annoncer cet objectif m’a donné envie de manger deux fois plus qu’avant, comme si mon corps, prévoyant qu’on allait l’affamer, entreprenait de faire des réserves. Échec total sur toute la ligne, donc.

Sur ce, je tombe par hasard sur un petit bouquin qui traitait de tout à fait autre chose et une phrase fait tilt. C’est un fumeur qui parle de son addiction au tabac et qui explique que tant qu’il essayait d’arrêter, cela ne fonctionnait pas et qui a donc constaté qu’il ne lui restait plus qu’à accepter le fait qu’il était dépendant. Accepter cela est difficile, il a donc procédé par étapes.
Tout d’abord, il s’est observé en train de fumer, c'est-à-dire qu’il fumait toujours autant, mais il gardait son esprit concentré sur ce qu’il faisait au lieu d’allumer les cigarettes mécaniquement les unes après les autres.
Puis, quitte à fumer et à être dépendant, il s’est mit à profiter de chaque cigarette à fond, à vivre vraiment l’instant présent sans culpabilité (culpabilité inutile, de toute façon, vu que ça ne l’empêchait pas le moins du monde de fumer…). Au bout de quelques temps, il avait diminué sa consommation de façon importante jusqu’à quasiment arrêter…

J’ai décidé d’essayer.
Bon, alors c’est bien beau de s’observer en train de bâfrer un paquet de gâteau entier… mais à la fin, on a quand même mal à l’estomac. Et puis, ça n’empêche pas de recommencer le lendemain avec la tablette de chocolat. Même en restant consciente du fait que j’avais envie de la manger, et en même temps pas envie… je la mangeais quand même. Et j’avais du mal à rester concentrée. Au bout du troisième carré, je décrochais et je me mettais à penser à autre chose et la demi tablette y passait sans que je me sois reconnectée à ce que j’étais en train de faire.

Ceci dit… ceci dit, j'ai persévéré et oui, ça finit par porter ses fruits. Je n’ai pas lâché le morceau, j’ai décidé d’aller au bout de l’expérience parce que de toute façon, comme je le disais plus haut, quitte à manger trop, autant que ce soit avec plaisir plutôt qu’avec culpabilité. Je peux vous assurer (mais vous le savez déjà tous !) qu’il est particulièrement difficile d’accepter un comportement qui nous paraît intolérable. Ce qui a aidé, lors de ce processus, c’est de remarquer que souvent, je mange alors que j’ai soif. C’est de rester attentive à moi-même dans ces moments-là qui m’a aidé à le remarquer. Et d’en prendre conscience m’a permis et me permet, quand j’ai le réflexe d’ouvrir le placard, de me demander « de quoi ai-je vraiment envie ? » et… avec le temps, avec le temps, va, tout s’en va… y compris les compulsions… je peux dire qu’au bout de plusieurs mois je mange un peu moins. Non, rien de miraculeux, mais un progrès tout de même, et j’espère le début d’un chemin de respect de moi avec mes compulsions au lieu du chemin de contrainte que je tentais d'emprunter. Chemin sur lequel j’aurais forcément enchaîné chute sur chute avec toute la culpabilité que cela entraîne.
(Une autre chose m’aide à moins manger qui est conjoncturelle mais dont je profite à fond : ma fille de dix mois ne veut manger que ce qu’il y a dans nos assiettes, les purées maisons, faites avec amour ne lui inspirent pas grand intérêt. Conclusion, je prémâche pour elle une partie de mon repas : apprendre à mâcher vraiment (pour faire une bouillie digne de ce nom) fait que je mange moins aussi. La sensation de satiété, paraît-il arrive au bout de 20 mn, quelque soit ce qu’on a mangé. Alors si au lieu d’engloutir pendant ces 20 mn on en passe 15 à mastiquer…)

Comment fait-on concrètement ? On ne se réveille pas un matin en disant : « Bon, j’accepte de manger trop… (ou de fumer, ou … quoi que ce soit qui vous pose souci). » Peut-être que pour d’autres ça fonctionne, mais pas pour moi. Il m’a fallu vraiment rester connectée à moi-même dans les moments où j’engloutissais sans fin, pour sentir, sous la bouffe la détresse, ou l’ennui, ou la fatigue, ou la soif… Comprendre enfin que je ne faisais pas ça par auto-destruction, mais par erreur, si je puis dire, parce que je ne savais pas comment, à ces moments-là, me faire du bien pour passer un moment difficile. Il a fallu aussi que je m’autorise à ressentir ces émotions que je tentais de noyer sous la nourriture (mais en fin de compte, je mange surtout par ennui… et un peu quand je suis en colère).
Prendre soin de moi autrement… cela demande de l’imagination !

Et continuer, vaille que vaille, à accepter que, voilà, ça ne va pas s’arranger définitivement en un jour, et peut-être même jamais… mais que je mérite quand même de m’aimer malgré tout !