Je reprends le travail le 3 juillet. Après un an d’arrêt pour cause de bébé plus congé parental. Je ne retravaillerai qu'une semaine avant d’être en vacances.
N’empêche, dans ma tête, j’ai repris, déjà. Et je ne pense plus qu’au boulot. Je suis instit donc je prépare déjà ce que je vais faire avec les enfants cette dernière semaine et je cogite et peaufine un projet musique et poésie… C’est super…, c’est motivant…
Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Sauf que.

Sauf que cette année m’a été très profitable sur tout un tas de plans, je me suis engagée dans deux associations, j’ai repris les cours de chant, réfléchi sur mon but dans la vie, écrit beaucoup d'articles, me suis préparée à reprendre la danse. J’ai pris du temps pour moi, pour mes enfants, pour réfléchir à mes engagements, mon rôle dans la société, j’ai désencombré en partie ma maison… j’ai ralenti le rythme, j’ai eu le temps de me poser les « bonnes » questions, celles qui étaient importantes pour moi à ce moment clé de ma vie, … vous voyez ce que je veux dire.
Et là, je suis à nouveau centrée sur mon boulot. Je veux dire, ce type de travail, qui demande une importante cogitation, est le travail idéal pour ne PAS penser.
J’entends par là, pour ne pas écouter la petite voix intérieure, vous savez celle qu’on essaye de toute façon toujours de faire taire parce qu’elle nous chuchote des trucs désagréables…
Pour ne pas réfléchir à nos aspirations profondes parce que cela nous obligerait à remettre des choses en question. ¨
Pour ne pas questionner ce qu’on avale tout cru à longueur de journée.

Oh, bien sûr, je n’ai pas besoin de travailler pour ne pas penser, j’ai plein d’autres stratégies efficaces, comme faire de l’ordinateur, lire, manger du chocolat, m’inquiéter pour rien… Mais quand je ne fais pas l'une de ces activités, il reste de l’espace mental pour réfléchir. Il faut les remplir les journées quand on ne travaille pas et qu’on a deux enfants en bas âge à la maison. Il y a forcément des moments de calme où on est juste occupé à pousser une balançoire, ou à marcher dans un bois, ou à conduire pour aller voir des amis… et où on PEUT penser !!! Donc à force, les pensées finissent par s’articuler toutes seules les unes aux autres, et au bout de quelques mois (il m’en aura fallu 8 pour pouvoir commencer à sortir de mes schémas de pensées habituels), des IDEES apparaissent. Oui, comme ça.
Parce qu’à lâcher du lest, à lâcher prise, on ouvre un petit espace.
Mais pour que mes idées se transforment en actes, il m’aurait fallu quelques mois de plus. Et là, je vais reprendre le travail.
Alors ouf, maintenant, tous ces petits moments libres et calmes, celui où j’épluche les légumes pendant que les enfants jouent ensemble, celui où je les surveille dans leur bain, ou celui qui précède le moment où je m’endors… je les passe à cogiter à mon boulot. Et oui.
Ouf. Le monde va pouvoir continuer à tourner normalement, les remises en questions vont enfin s’arrêter et je vais à nouveau plonger en apnée dans mon boulot…
Ouf ?
Non, aïe, horreur, au secours !!!
Je veux continuer à vivre, à respirer, à penser, à réfléchir à autre chose qu’à ma classe, mes élèves, leurs parents et les bulletins à remplir et les cahiers à corriger (bon, ça, ça ne sera que pour la rentrée peut-être !)… (Même si j'aime mon boulot, même s'il m'intéresse, je ne remets ça nullement en question, seulement la façon dont je le vis.)
Maintenant, j’ai bien identifié ma stratégie principale pour ne pas penser… Je dirais même plus, ça vient de me sauter à la gorge… Ne reste qu’à trouver comment ne pas se laisser piéger…
Je vais peut-être devoir contrecarrer ça par un nouvel engagement envers moi-même, comme par exemple de revenir écrire plus souvent sur ce blog...?
Affaire à suivre.

Et vous, quelles sont vos stratégies d’évitement ? Comment faites-vous taire vos voix intérieures ? Les étouffez-vous à coup de tabac, alcool, médicament ? Ou comme moi par une charge de travail trop importante ? Ou une vie trop trépidante, remplie à ras bord de sorties et autres ? Ou en lisant toute la journée (ce que je faisais avant de travailler) ? Ou, ou ???

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