Lorsque l'on commence à s'intéresser au bio et à comprendre l'intérêt de cette agriculture, on a envie (parfois) de passer d'un extrême à l'autre, du "tout surgelé" au "tout bio".

Au début c'est assez simple, sauf pour notre porte-monnaie qui en prend un sacré coup dans l'aile!

On se rue à la biocoop, chez le maraîcher bio ou au rayon bio de notre grande surface préférée. On est vraiment fier (et on a raison!) de changer de mode d'alimentation et d'habitudes d'achat. Bien sûr on doit faire le deuil de quelques drogues alimentaires que l'on ne retrouve pas au rayon bio comme les plats préparés, les soupes en briques, les fraises en décembre, les charcuteries lyophillisées, les barres chocolatées, les biscuits fourrés et j'en passe. Mais globalement, on arrive plutôt bien à remplir ses placards et son frigo avec des produits bio.

Le problème avec l'écologie, c'est qu'il est difficile de revenir en arrière, on pourrait même dire qu'une fois que l'on a fait le premier pas, on ne peut en faire qu'un second puis un troisième. J'entendais Emmanuelle Béart dire à propos de son engagement sur la misère des enfants d'Afrique : " Maintenant que j'ai ouvert les yeux, je ne pourrais plus les refermer"

Et c'est là que les dilemmes commencent. Si l'on reprend les réflexions de ce blog, nous sommes d'accord pour dire que:

- il est préférable d'acheter un produit bio à un produit non-bio car l'agriculture biologique est respectueuse non seulement de l'environnement mais aussi des animaux et des êtres humains (les producteurs, les distributeurs et les consommateurs)

- il est préférable d'acheter des produits équitables lorsqu'on ne les trouve pas en France (cacao, fruits exotiques, café...) pour permettre à des villages, à des familles de vivre

- il est préférable d'acheter local parce que c'est plus agréable de savoir que notre argent nourrit nos voisins, petits commerçants et agriculteurs de la région, plutôt que Monsieur Auchan qu'on ne rencontrera jamais. Préférable aussi parce qu'acheter local limite les transports des denrées qui polluent la planète (carburant, conditionnements multiples...)

- il est préférable d'éviter la grande surface. Tout d'abord Monsieur Auchan est bien assez riche et peut, maintenant qu'il a fait fortune, partager un peu le gâteau avec ses congénères. Ensuite Monsieur Auchan, est tellement gourmand qu'il ne s'arrête jamais de vouloir s'implanter partout dans le monde en polluant la planète et l'esprit de peuples qui, sans lui, n'auraient jamais eu l'idée de s'occidentaliser. Si nous pouvons éviter de cautionner cette "évangélisation des temps modernes" et cette soumission au Dieu Argent, ce n'est pas plus mal.

Quels sont les problèmes rencontrés dans mes différents lieux d'achat ?

1/ La biocoop

Les avantages :

- la plupart des produits sont vendus en vrac, ce qui permet de limiter les contenants et de n'acheter que la quantité nécessaire

- on y trouve des produits inconnus des grandes surfaces et on apprend vite à remplacer le sucre raffiné, les féculents blanchis, les céréales sucrées, la gélatine alimentaire, les sauces, la farine blanche, le chocolat sucré... par des produits plus naturels, plus goûtés, plus sains car moins transformés. On découvre de nouvelles saveurs et on apprend à varier ses apports, ce qui est bénéfique pour la santé mais aussi pour le moral (pas l'impression de manger tous les jours la même chose)

- la taille des établissements fait que l'on ne se sent pas stressé ni pressé, on a le temps de parler aux gens et de rendre ce lieu humain

Les inconvénients :

- Il faut éviter de croire que le bio est la solution à tout. Il n'existe aucune solution parfaite et aucun salut dans l'extremisme. J'ai récemment fait un article sur l'huile de palme où j'explique que beaucoup de produits bio en contiennent. Dans les produits d'hygiène, il faut également savoir faire le tri car il existe deux labels différents. Ainsi j'ai retrouvé au rayon hygiène de la biocoop des produits qui sont "naturels" mais dont les matières premières ne sont pas bio, j'ai aussi trouvé pas mal de produits contenant du Sodium Laureth Sulfate et autre cochonnerie cancérigène du même genre. Mais comme les produits étaient faits à base d'huiles essentielles bios, ils avaient leur place dans le rayon... Ouvrez les yeux et apprenez à lire les étiquettes pour choisir vos produits en connaissance de cause.

- On trouve également à la biocoop des tas de produits importés. De plus ou moins loin. Cela va des oeufs ou du lait produits à l'autre bout de la France au chocolat de Madagascar. Cela favorise la pollution. Bien qu'ils soient bio, je trouve un peu crétin de faire venir de oeufs de Mâcon quand j'en achète d'excellents à la petite grand-mère au marché. A 75 ans, elle ne demande pas le label bio, mais ses poules ne mangent que des vers de terre, des coquilles et du maïs.

- De plus en plus, les biocoops s'adaptent aux faux besoins des consommateurs. Il serait illusoire de croire que ce réseau se désintéresse totalement de ses parts de marché et de son bénéfice. Ainsi on trouve dans les rayons des produits qui ressemblent de plus en plus à ceux que l'on trouve au supermarché : cubes de bouillons de volaille, soupes en sachet (potabio), ketchup, plats surgelés, crèmes desserts au chocolat, biscuits de tous genres... Cela gâche un peu l'esprit bio, qui pour moi, signifie retour à des choses non trafiquées...

- Les prix pratiqués sont parfois vaiment élevés et je finis par me demander si on ne surfe pas aussi sur cette vague bio pour s'en mettre plein les poches...

2/ Le marché

Les avantages :

- le contact humain, le plaisir d'être reconnu d'un samedi sur l'autre, la possibilité de parler, de prendre son temps

- la fraîcheur des produits et l'assurance de trouver les produits de saison (cela donne des points de repère : si ce n'est pas sur l'étal du maraîcher, c'est que ce n'est pas de saison)

- l'assurance d'acheter local et de mettre l'argent directement dans les poches des gens qu'on a en face de nous

Les inconvénients :

Sur le marché aussi, il y a des professionnels de l'esprit grande surface. Ainsi, il y a certains maraîchers qui se fournissent dans les mêmes centrales d'achat que votre grande surface habituelle. Vous trouverez donc sur leurs étals des tomates du Maroc ou d'Espagne à peu près toute l'année, des oranges sans jus et des légumes sans saveur. Vous reconnaissez facilement ces maraîchers car ils ont les étals les plus longs du marché, chez eux on doit faire la queue comme dans les magasins, on ressort avec un ticket de caisse et on nous dit à peine bonjour, surtout aux heures de pointe.

Certes, il vaut mieux donner son argent à ces gens qui vivent dans notre rue ou notre ville qu'à Monsieur Auchan, mais n'oubliez pas que les fruits et légumes que vous leur achetez ont traversé au moins 1 à 2 frontières avant d'arriver dans votre assiette.

Tant qu'à faire le marché, par esprit nature, il vaut mieux acheter aux petit grand-père qui vend 3 carrottes et 2 choux-fleurs. Il y a fort à parier, qu'en plus du sourire, il vous donnera une ou deux pommes pour vos enfants!

On trouve sur le marché quelques maraîchers bio mais là aussi il faut faire attention. Entre les producteurs engagés et ceux qui se la jouent "nourriture de l'élite", il y a parfois une différence de prix et de qualité importante!

3/ La grande surface :

Les avantages :

- tout est concentré en un minimum d'espace, on peut faire son plein en 1/2 heure si on est bien organisé

- les produits bio sont deux fois moins chers qu'à la biocoop et quand on est une famille nombreuse comme la mienne (2 enfants, 2 ados, 2 adultes) ça fait du bien au porte monnaie

-certaines de leurs marques bio sont tout simplement DELICIEUSES et meilleures qu'à la biocoop

Les inconvénients :

je cautionne l'esprit de gain, de compétitivité, de productivité

Alors que faire? Je n'ai pas de solution. Personnellement, j'essaie de mixer un peut tout ça.

Ma seule véritable devise est vraiment "acheter local". Pour tout. Et de plus en plus. Il arrivera un jour où elle sera "vivre local" c'est à dire travailler, m'amuser, consommer dans ma ville (et donc vendre nos voitures)

Je préfère avant tout acheter local, au détriment du bio. Je préfère acheter des oeufs au marché plutôt que des oeufs qui ont parcouru 600 kilomètres. Si en plus, ils sont bio, alors tant mieux.

Je ne vais pas tellement à la biocoop, je préfère donner mon argent aux producteurs que je rencontre au marché. (bio ou non)

Je préfère acheter des produits bio que j'aime à la grande surface plutôt que leur piètre équivalent à la biocoop (je pense au sucre) car pour moi l'esprit bio, c'est avant tout un retour aux saveurs et au plaisir de manger sain et bon.

Je n'achète des produits équitables que pour ce qui ne se trouve pas en France jusqu'au jour où je saurai m'en passer. Je vis en France, je devrais manger des pommes, pas des bananes.

J'achète principalement chez les commerçants de mon quartier ou de ma région (directement chez le producteur). Je fais un convoi et j'achète en gros : la viande, le poisson, le thé, le café, le vin, la farine, les jus de fruits.

J'essaie juste de ne me faire embarquer par aucune mode. Il faut juste réfléchir à ce qui est le plus évident, ce qui est le mieux pour ma région, pour ma planète...

Pas simple, mais on prend vite l'habitude.