J'ai pris le risque de publier mon article sur le homeschooling sans qu'il soit terminé ni relu (ce qui lui vaut quelques fautes d'orthographe!). Je souhaite juste rappeler qu'il n'est en rien un réglement de compte avec le système et surtout pas le procès des enseignants. Pour avoir bon nombre d'amis profs ou instits, pour être devenue amie avec la propre instit de ma fille, je sais à quel point beaucoup d'entre eux sont dévoués, attentifs, ingénieux, aimants, valorisants... Mais ils le reconnaissent eux-mêmes, le système dans lequel ils évoluent ne leur permet pas toujours d'être totalement présent à chaque enfant.

Je pense que c'est encore plus flagrant au collège ou au lycée : le fameux programme oblige les profs à gaver nos enfants de savoir. Les devoirs qui ne sont souvent donnés que pour rassurer les parents sur le fait que leurs enfants travaillent, transforment nos élèves désireux d'apprendre en bachoteurs du week end. Les multiples contrôles (mon élève en a eu jusqu'à 9 par semaine!) ne prouvent en rien qu'un élève a acquis une connaissance, certains perdent tous leurs moyens alors qu'en classe, ils réussissent les mêmes exercices. Je ne parle pas des contrôles surprises qui sont pour moi une abhérration, juste bonne à humilier, à fliquer, à faire clairement comprendre à l'élève qu'on n'a pas confiance en lui sur son désir d'apprendre. Pas étonnant que ceux-ci saturent!

Mon article précédent n'était pas terminé puisque je ne montrais qu'un côté de la médaille : les raisons de notre envie commune de pratiquer l'homeschooling. Il serait irrespectueux et malhonnête de ne pas évoquer les obstacles. (je ne parle que de ceux qui m'ont fait réfléchir, bien qu'il y en ait évidemment d'autres. Je n'aborde pas certains, juste parce qu'ils reposent sur des différences de valeurs et qu'il n'y a donc rien ni à démontrer ni à justifier)

- la socialisation : l'école est un lieu de socialisation. Oui. Mais il n'est pas le seul. Dès qu'un enfant naît, il entre dans un monde social. Parler à son enfant, aller avec lui à la boulangerie ou au marché, discuter avec les commerçants, sortir chez des amis, inviter des petits copains à jouer, participer à une fête de famille, aller dormir chez des copines, faire partie d'une association de parents où les enfants peuvent se rencontrer à loisir, aller à la ludothèque, au square sont des activités sociales.

Pourquoi l'école serait-elle la seule porte? Nous connaissons tous des enfants qui ne savent pas plus partager/faire équipe/discuter/s'affirmer à l'école qu'il ne le font hors de l'école.

Le problème n'est pas tant la "socialisation" que ce que l'on met derrière ce mot. Pour moi, être sociable, c'est savoir dire bonjour et aurevoir lorsqu'on rentre dans une boutique, c'est savoir sourire aux passants et discuter parfois avec des gens que l'on ne connait pas, dans une file d'attente par exemple. C'est pouvoir accueillir chez soi le nouveau compagnon d'une amie et le mettre tout de suite à l'aise, c'est savoir ouvrir sa porte, c'est savoir partager des moments de plaisir dans des lieux de rencontre, c'est savoir s'engager dans des assos, c'est aller vers les autres.

Je ne crois pas que l'on apprenne ces choses-là à l'école mais au contact de ses parents, frères/soeurs, référents. Nous sommes le premier être sociable (ou pas) qu'ils connaissent. A nous de leur donner l'exemple et leur montrer combien notre sociabilité nous rend heureux.

Par contre, si on entend par sociable : arriver à l'heure, s'asseoir quand on nous le demande, savoir faire passer le travail avant le plaisir, connaître les lois et les sanctions, respecter des interdits qui ne servent que les intérêts des grandes personnes (genre : je ne dois plus aller faire pipi après que la cloche ait sonné), aller travailler même quand on est fatigué, lever le doigt pour s'exprimer, savoir se tenir en société, ne pas manifester d'affection à quelqu'un qu'on apprécie (apparemment, dans certaines écoles, dès le CP, les maîtresses "limitent" les bisous) alors oui l'école est utile, mais personnellement ce n'est pas ce que j'appelle être sociable, c'est ce que j'appelle être obéissant. (et j'ai en ce moment avec l'obéissance des rapports qui frisent la nausée mais cela fera l'objet d'un autre article)

- l'égoïsme parental. Apparemment certains pensent que je n'ai pas compris "qu'on ne fait pas les enfants pour soi", d'autres s'imaginent que je suis une Jocaste, castratrice et surpuissante "tu veux être tout pour eux", enfin il y a ceux qui pensent que je n'aime pas rester seule et que j'utilise mes enfants comme des jouets qui servent mon orgueil et mon besoin d'auto-satisfaction (genre : c'est moi qui l'ait fait)

Je réponds à ceux-là qu'il ne faut jamais s'être occupé de ses enfants pendant plus de deux heures pour ne pas savoir qu'ils demandent une attention et une énergie considérables. Comment peut-on traiter d'égoïste une personne qui partagera son savoir, son temps et sa disponibilité? Comment peut-on traiter d'égoïste quelqu'un qui s'occupera de ses enfants du matin au soir, sans pouvoir fermer la porte de la "classe"?

Quant à l'idée que je veuille être tout pour eux, je l'entends mais ne l'accepte pas. C'est oublié qu'à la  base, nous sommes, nous parents, effectivement les personnes les plus importantes pour notre enfant. Que nous le voulions ou non, que nous l'acceptions ou non, nous sommes leurs référents, leurs modèles, leurs exemples. Et je trouve qu'enseigner ce que je sais à mes enfants ou chercher avec eux ce que je ne sais pas, c'est au contraire remplir pleinement ma mission de guide, d'accompagnateur dans la vie. C'est leur montrer que je ne délègue pas à des inconnus la construction de leur avenir et de leurs valeurs. Vous apprenez bien à vos enfants à être polis, à faire du vélo, à découper, à planter des graines, à jouer de la musique, à chanter, à aimer le théâtre, à découvrir les dessins animés de votre enfance ou un livre qui vous a plu, n'importe quoi qui vous anime et que vous avez envie de partager avec lui! Pourquoi, dans ce cas, refuser de leur apprendre encore plus?

Et si moi, ce que j'aimais par dessus tout, c'était apprendre? Et si moi, ce que je souhaitais leur transmettre par dessus tout, c'était des connaissances? Et si moi, ce qui me donnait le plus de plaisir, c'était d'apprendre avec ma fille comment se forment les algues?

Cela ne signifie en rien que vos enfants n'auront pas d'autres référents. Bien au contraire! Ma fille a déjà des adultes référents qui lui apprennent autre chose et contre lesquels elle fait rebondir mes méthodes d'éducation. Il y aura toujours dans l'entourage de votre enfant d'autres référents : une marraine, un parrain, un oncle, une amie, la maman d'une petite copine ou d'un petit copain...

- "la vie est dure, on ne peut pas toujours les surprotéger". Bien facile. Mais pour moi, il s'agit du problème de l'oeuf et de la poule : qui a commencé? Sommes-nous malheureux parce que la vie est dure? Ou la vie est-elle dure parce qu'on l'apprend dès 2 ou 3 ans? (et qu'on devient durs à notre tour, qu'on l'enseigne à nos enfants qui l'enseigent...)

- "On n'a pas assez de recul sur ces enfants éduqués à la maison, on ne sait pas s'ils vont bien s'adapter plus tard aux conditions parfois difficiles de la vie en société, à force d'être trop couvés, trop écoutés, on va en faire des mauviettes incapables de se défendre". Hmmmmmm. C'est vrai. C'est pourquoi, il vaut mieux les mettre à l'école, nous avons aujourd'hui une centaine d'année de recul et nous voyons bien que ce système fabrique des jeunes gens épanouis, heureux de vivre, confiants en l'avenir, sûrs d'eux, équilibrés, à l'aise dans la société et sur le marché de l'emploi. Nous voyons bien comme ces jeunes gens savent se défendre, en jetant des extincteurs et des pavés sur les forces de l'ordre. Ce ne sont pas des mauviettes, juste des jeunes gens qui manifestent leur trop plein de bonheur et leur enthousiasme. Ce sont juste des jeunes gens conscients de la chance qu'ils ont eu d'aller à l'école.

- "L'école à la maison, écouter ses enfants dans leurs affects et leurs besoins, c'est bien joli, mais c'est utopique". On appelle souvent "utopie" les choses que l'on n'ose pas réaliser parce qu'on a la trouille. Il est bien plus simple de dire " cela ne marchera pas, je n'y arriverai pas" plutôt que "que pourrais-je faire pour...?" On s'endort dans la routine du système et on laisse les rêves à la génération suivante, pour peu qu'elle ait encore un peu de motivation.

Pourtant je me souviens d'avoir appris à l'école qu'en 1789 des hommes et des femmes ont pris les armes pour que je puisse vivre aujourd'hui libre et égale à mes congénères. Je me souviens que mon père m'a raconté le Front Populaire et les premières grèves, le droit de vote aux femmes et mai 1968. Je me souviens d'avoir vu aux infos le premier bébé éprouvette et le soulagement de millions de futurs parents. Je me souviens avoir tremblé et pleuré un soir de novembre 1989 en regardant tomber le mur de Berlin.

A l'origine, c'était des utopies.

- "tu n'auras plus de temps pour toi. Il faut que tu vives!" Je vis, regardez-moi : je marche sur mes deux jambes, mon coeur bat. Je vis. Vivre pour moi n'a jamais signifié avoir une carrière ou réaliser des choses dont on parlera encore après ma mort, de bâtir un empire financier, de remplir des bas de laine, de construire un patrimoine, de me "réaliser". Je suis déjà une réalité, je n'ai pas besoin de me le prouver en accumulant les réussites, comme on édifie une statue sur une place pour se souvenir.

Je suis une femme et une mère, c'est ma seule mission et ma seule passion. J'essaie, je fais des erreurs, je pleure beaucoup, je me questionne, je lis, j'écris, j'avance, je stagne, je recule, j'avance encore, je cherche. Je suis loin loin loin loin d'être une mère parfaite, je suis même sacrément imparfaite. Mais être vivante, m'occuper de mon foyer, de mes enfants et de mon mari, c'est ma seule passion. Je suis une chercheuse en éducation, je ne touche pas de salaire, je ne fais des découvertes qui ne servent qu'à moi, je ne suis pas utile à la société. C'est un choix.

-"Moi je ne pourrais pas, j'aime trop mon travail et puis mes enfants, je les adore mais je ne les supporterais pas toute la journée!!" Tant mieux si votre carrière vous remplit de joie et tant mieux si vous vivez la vie que vous voulez vivre. Vos enfants sont sûrement très heureux! L'important est toujours de s'écouter.

- "même si je le voulais je ne pourrais pas, nous ne pouvons pas nous passer de mon salaire!" C'est sûrement la seule raison avec celle précédemment citée que je comprends complètment. Avec mon mari, si nous faisons ce choix là, à la rentrée ou l'année suivante, c'est que nous avons réduit notre train de vie grâce à la simplicité volontaire. Nous pouvons ainsi nous passer de mon salaire. S'il fallait vendre la maison demain pour vivre comme nous le souhaitons, nous n'aurions aucun scrupule à le faire. Ce n'est qu'une question de priorité.