Par Laurence

Article ayant servi à la rédaction du livre

"L'art du désencombrement. Se libérer de l'inutile pour vivre plus léger" aux éditions Jouvence

Lorsque l'on commence à désencombrer sa vie et sa maison, on commence toujours par le plus facile évidemment. Ce serait complètement stupide de vouloir s'attaquer d'office à ce qui nous est le plus "cher". Seulement voilà, à force d'avancer, on finit par arriver au plus difficile.

Pour moi, sans aucun doute, c'étaient les jouets et les livres. Les jouets, tout d'abord, parce que je suis une grande nostalgique. J'ai toujours aimé jouer, depuis ma plus tendre enfance, jusqu'à aujourd'hui avec mes enfants. D'autre part, je ne pouvais m'empêcher de craquer sur les reflets miniatures de ce que j'achetais pour ma propre consommation.

Du coup, me débarrasser d'un jouet, c'était me vider d'une partie du bonheur qu'il m'avait procuré et qu'il avait procuré à mes enfants.

La simplicité volontaire m'a aidée à comprendre que là-aussi, peut-être plus qu'ailleurs, le trop plein gâchait le plaisir

Voilà comment j'ai procédé :

- j'ai d'abord mis dans un sac tous les jouets souvenirs (doudous, hochets, mobiles...) qui ne me servaient que de béquilles contre l'oubli et qui me berçaient dans l'illusion que mes enfants ne grandissaient pas aussi vite qu'ils en avaient l'air!

- ensuite je me suis débarrassé des peluches offertes en surnombre à la naissance, qui ne faisaient que prendre la poussière sur l'étagère (mon fils étant asthmatique, c'était franchement une bonne idée!)

- j'ai regardé la réalité en face et ai fait l'inventaire des jouets avec lesquels ils JOUAIENT ! Ca paraît évident, mais on garde en fait un nombre hallucinant de choses juste parce qu'on croit qu'un jour......

Après ce tri, la pièce m'a semblé tout de suite plus grande, les enfants étaient ravis de retrouver un espace rangé, un lieu moins encombré qu'ils ont pu immédiatement investir avec leurs jouets préférés!

On pourrait croire que la suite ne fût que hurlements de désespoir de la part des bambins et crise de culpabilité de ma part. Pas du tout. Cette séance de rangement fut l'occasion d'une discussion avec ma fille de 5 ans sur le partage, le trop-plein, ce qui fait vraiment plaisir... Les enfants comprennent bien les notions de solidarité. Ainsi elle a reconnu elle-même qu'elle ne jouait pas avec tous ses jouets mais que beaucoup d'entre eux pourraient rendre une autre petite fille heureuse. De même, ils comprennent très bien où va leur intérêt. Lorsque j'ai expliqué qu'avec l'argent que je récupérerais de la vente de certains jouets, je pouvais lui faire perçer les oreilles comme elle me le réclamait depuis un an, elle a compris le système de l'échange.

Ils ont eu le droit de repêcher un jouet chacun. Après quoi, j'ai fait des cartons pour Emmaüs, pour les Restos et j'ai mis quelques jouets en vente sur internet. Depuis 3 jours, ma fille a les oreilles percées et elle est radieuse!!!

Et les jouets dont on n'arrive quand même pas à se séparer?

Il y en a, c'est vrai.

- ceux qui ont été offerts par notre tante adorée, notre mamie, notre meilleure copine et qui n'ont jamais trouvé de grâce à leurs yeux....

- ceux que l'on a payés une fortune un jour où l'on s'est prise pour "une bonne mère" et qu'on n'a pas envie de donner...

- ceux avec lesquels ils jouent seulement avec les copains...

- ceux qu'on allait justement jeter et avec lesquels on les a vus jouer hier (alors bon, on ne sait jamais...)

- et d'autres encore.

Pour ceux-là, j'ai triché. J'ai fait un prêt longue durée à ma nounou. Je lui ai déposé ces jouets-dont-je-ne-voulais-plus-mais-quand-même en lui expliquant que je viendrais peut-être les rechercher un jour. J'y vois trois avantages :

- Ma nounou est ravie de renouveler son stock à moindre coût!

- Mon fils joue plus avec ses jouets chez elle que chez moi (elle me l'a confirmé : l'ingrat trouve qu'elle a des supers jouets!!!)

- Les autres petits qu'elle garde en profite et le partage, j'adore!

J'ai aussi donné des jouets à l'école de ma fille, notamment tous les jouets éducatifs, les puzzles, les mémorys, les lotos, les encastrements et autre cubes à empiler. Ainsi, je sais que ma fille joue avec ses camarades lorsqu'elle va exceptionnellement à la garderie ou pendant les récréations du midi. Lorsqu'elle aura grandi, elle laissera ses jouets derrière elle pour que d'autres petits puissent en profiter...

Dans le même genre, vous pouvez distribuer vos jeux de société à la ludothèque. Vous savez, ce Monopoly avec lequel vous n'avez pas joué en famille depuis la dernière guerre... il serait bien mieux là-bas, sans compter que s'il vous venait tout à coup une envie folle de jouer au Monopoly, vous saurez où le trouver pour la modique somme de 0,75 cents! C'est une façon d'avoir des jeux sans en avoir!

J'ai fait la même chose avec mes sacro-saints livres. Je ne pensais pas qu'un jour, je réussirais à toucher aux seuls objets qui m'ont toujours suivie où que j'aille.

La simplicité volontaire a ceci de génial qu'elle nous provoque en douceur jusqu'à percer nos réelles motivations. J'ai toujours cru que j'avais une bibliothèque bondée parce que j'étais une littéraire. J'ai compris depuis peu que ma bibliothèque était bondée pour que les autres pensent que j'étais une littéraire. Avoir un mur couvert de livres, il n'y a pas à dire, ça en jette, ça fait intelligent.

Sauf que lorsqu'on est vraiment intelligent, on n'a pas besoin de l'étaler sur les murs. Vous comprendrez bien que mon orgueil en a un tout petit peu pris un coup au moral quand j'ai compris ça. Je me suis vraiment demandé si l'image que je renvoyais aux autres valait plus que celle que je percevais de moi-même...

Et je n'ai plus eu besoin de mes livres.

C'est un travail colossal que de trier tous ces foutus bouquins accumulés depuis tant d'années. J'en donne à des copines, j'en vends, j'en donne aux associations.

Et comme pour la ludothèque, je donne à la bibliothèque municipale ceux dont je n'arrive pas à me débarrasser tout à fait, ceux que je pourrais avoir envie de relire un jour.... (vous savez le fameux jour...) JMaintenant je peux dire que j'ai une bibliothèque privée à la bibliothèque municipale! Et ça, ça en jette vraiment! (je plaisante...)

Je ne vous dis pas la place que ça fait sur les étagères et la poussière de moins à enlever !